Cf. saint Augustin, Ep. LV, xvm, 3i
3. Monceaux l'a racontée en détail dans Rev. de Pltllol-, XXXI (1907), p. I I r-i33.
TYCONIUS 391
Il faut citer encore Vitellius, auquel Gennadius * attribue un De eo quod odio sint mundo Dei serai, un nduersus Génies, et divers ouvrages relatifs à la (( regala ecclesiaslica » ; le grammairien Cresconius, que réfuta aussi Augustin, en 4o6 ; le prêtre Macrobius^ qui devait être plus tard le chef occulte de la communauté donatiste à Rome, et avait écrit, encore catholique, un Liber moralis ad confessores et uirgines. Le dossier de Petilianus, l'évêque donatiste de Girta, est devenu, grâce aux recherches de M. Monceaux, beaucoup plus important^ ; il comprend une Epislola ad presbyteros et diaconos donalistas adaersus catholicam ; deux lettres à saint Augustin ; un Liber de Schismate Maximianistaram ; une Epistala de ordine partis Donati ; un de Unico baptismo ; différents discours prononcés à la Gonférence de Garthage en /in- Ces titres et quelques menus fragments peuvent être restitués d'après les écrits de saint Augustin.
La personnalité la plus intéressante qui se soit manifestée au sein du donatisme, c'est ce Tyconius, dont saint Augustin faisait si grand cas. a C'était un donatiste, mais d'un genre très particulier : un laïc, qui se mêlait de théologie et pouvait en remontrer aux évêques; un homme d'étude, qui observait curieusement les querelles d'Églises, et qui, avec l'indépendance de sa pensée, prétendait garder son franc-parler ; un philosophe, qui connaissait la Bible comme personne, mais qui l'interprétait à sa
I. De Vir. ill., iv. Gennadius le place sous Constant (337-35o).
a. Ibid., V. On a attribué à Macrobius le de Singularilaie clericorum : V. plus haut p. 231, et Monceaux, V, i5i et s.
3. Rev. de Philol, XXX (1906), p. ai8 et s.; XXXI (1907). j8 et s. = Hist. lia. de l'Afr. chr., V, Sog-SaS.
façon, sans crainte de heurter les opinions toutes faites... ; un polémiste, enfin, soucieux de la vérité, capable d'avouer que ses adversaires n'avaient pas toujours tort, et de déclarer à ses amis qu'ils n'avaient pas toujours raison'. » Il n'est rien de si haïssable aux partis que ces esprits frondeurs qui se refusent à asservir leur jugement aux consignes sectaires. Dans deux ouvrages qui sont perdus, mais dont nous connaissons approximativement le contenu grâce aux allusions de saint Augustin, le de Bello intestino, écrit vers 870, et les Expositiones diuersarum causarum, rédigées vers 375 °. Tyconius, sans rompre aucunement avec l'Église de Donat, n'avait pas balancé à contredire les donatistes sur un certain nombre de points. Parmenianus, le chef de l'Église schismatique, le réfuta dans cette Lettre à Tyconius que saint Augustin devait, quelques années plus tard, rétorquer à son tour^ Finalement Tyconius fut condamné, en 38o, par un concile donatiste.
Il avait composé aussi un Commentaire sur l'Apocalypse dont divers commentaires ultérieurs sur le même livre permettent de se former quelque idée. Mais son œuvre la plus admirée, ce fut le Liber Regidarum, composé vers 882, qui peut être considéré comme le premier manuel d'herméneutique biblique paru en Occident. L'objet de Tyconius, c'était de fixer des règles d'interprétation qui permissent d'extraire de l'édification de la quasi-totalité de la Bible, même des passages les plus ingrats en apparence. Depuis les ori-
1. Monceaux, Journal des Savants, 1909, p. 162 : cf. Hist. litt. de VAJr. chr., V, i65 et s.
s. Titres cités par Gennadius, de Vir. ilL, xviii.
3. Analyse de la Lettre à Tyconius, par Monceaux, ibid., p. i6lt et s — Hist. litt., V, 281 et s.
LA LITTÉRATURE ANTIDONATISTE SgS
gines du christianisme, les textes bibliques avaient été largement employés par les exégètes, les polémistes, les faiseurs de traclatus, etc. ; on en avait même formé des répertoires, où chacun pouvait puiser selon ses besoins. Mais il restait un résidu considérable, une prophetiae immensa silaa, comme disait Tyconius, dont la signification morale et religieuse n'apparaissait point d'abord. Tyconius se flattait d'avoir découvert une méthode g'râce à laquelle ces textes stériles et négligés pourraient être assimilés aux textes efficaces : « Si ratio regularum sine inuidia, ut communicamus, accepta fuerit, clausa qaaeqae patefient et obscura dilucidabuntar... » Ces regulae nous paraissent passablement subtiles : ce qui est sûr, c'est que les contemporains en furent ravis. Tout en recommandant de ne lire Tyconius qu'avec précaution', saint Augustin incorpora les sept règles exégétiques à son de Doctrlna christiana S perpétuant ainsi l'influence de cet esprit vigoureux, original, et, en plus d'un cas, déconcertant.
Le premier champion catholique contre le Donatisme, et le plus remarquable avant saint Augustin qui lui a rendu pleine justice, fut Optât, évêque de Milève, en Numidie. En 366 ou 867, il entreprit de répondre à Parmenianus, dont la dialectique habile troublait beaucoup de fidèles. Les donatistes éludaient les colloques publics^; c'est pour les atteindre en