I. II, n
L\ LITTÉRATURE ANTI-DONATISTE SgS
un peu par l'emphase, mais il est net, exact, et non sans humour.
Lne vingtaine d'années après la publication de son traité, Optât le reprit, semble-t-il. y fit quelques retouches, puis y ajouta un septième livre, d'un ton plus adouci ,à l'adresse des donatistes en général (Parmenianus était mort en ogi), pour répondre aux contradictions que ses critiques avaient provoquées. Ce septième livre est resté inachevé, et il se peut que des mains étrangères y aient inséré quelques interpolations, assez maladroites. Saint Jérôme ne le connaissait pas encore quand, en 092, il rédigeait sa notice sur Optât dans le de Vlris illiis tribus, § ex.
Pacien ne nous retiendra guère. Il fut avant tout un théologien, peu novateur, qui vécut sur le fonds d'idées légué par Tertullien et saint Gyprien, mais qui sut combattre avec tact et humanité certains préjugés rigoristes, lesquels n'allaient à rien de moins qu'à exclure à perpétuité le pécheur de l'Église, sous prétexte de conserver à celle-ci son entière « virginité » .
Alors qu'il était évêque de Barcelone, une recrudescence de novatianisme le mit aux prises avec un certain Sympronianus, à qui la sévérité qu'aflcctait la secte avait plu. De la correspondance échangée à ce propos, il nous reste trois lettres de Pacien. Dans la première, l'évêque revendique pour le chrétien orthodoxe le privilège de s'appeler catholique, en face de la multiplicité des sectes. C'est là que figure la phrase souvent citée : « Christianus mihi nomen est, catholicus uero cognomen » (i, /i). Sympronianus lui ayant écrit de nouveau et lui ayant envoyé en même temps un opuscule sur le novatianisme, Pacien s'expliqua en une seconde lettre sur la personne même
de Novatien. Puis, après avoir lu plus à loisir les objections de son adversaire, il les réfuta à fond dans une troisième lettre où il en cite de nombreux extraits. L'idée maîtresse de Sympronianus est ainsi résumée au début même de la lettre «... quod post baptismum paenitere non liceat ; quod mortale peccatum Ecclesia donare non possit, immo quod ipsa pereat recipiendo peccantes. » C'est l'esprit même de Tertullien montaniste dans le de Pudicitia, dont les novatianistes du IV® siècle tiraient encore parti.
Pacien écrit avec goût ; son ironie ne manque pas de finesse. C'est un lettré, qui a lu et retenu son Cicéron, son Virgile et son Horace. Nous avons encore de lui un Sermo de baptismo, où il indique les effets rénovateurs du baptême sur l'âme (« ... aperiam quid fuerit ante gentilitas, quid fides praestet. quid baptismus indulgeat ») ; une Paraenesis, siiie exhortatoriiis libelliis ad poenitentiam, où il détermine les diverses sortes de péchés, gourmande les fidèles qui, par mauvaise honte, dissimulent leurs fautes ou qui, les ayant confessées, éludent l'expiation requise, proclame enfin les récompenses promises à ceux qui s'en acquittent loyalement.
Il avait écrit aussi un Cerimlas, dirigé contre les divertissements, d'une licence toute païenne, qui marquaient le renouvellement de l'année. Nombreuses sont, dans la littérature chrétienne, les allusions à cette espèce de carnaval, qui s'accompagnait de beaucoup de désordres *. Pacien en donnait une description si piquante qu'on l'avait accusé — c'est lui qui rapporte ironiquement cette insinuation au début de
1. Cf. E.-K. Chambers, tke Mediaeval Stage, 2 yoL, Oxford, igoS ; voir aussi la thèse de Boese, signalée plus loin, à propos de saint Césaire d'Arles.