PILASTRE DE BRESCIA
la Paraenesis — , d'y inciter ceux-là même à qui il avait entrepris de les faire détester. Malheureusement iouvrage ne s'est pas conservé '.
D'après saint Jérôme, il mourut sous Théodose, dans une extrême vieillesse, avant 892, date à laquelle Jérôme rédigeait sur lui une courte notice dans le de Vlris illustribas (§ cvi).
L'immense littérature hétérodoxe des premiers siècles chrétiens a presque totalement péri, telle du moins qu'elle était en sa teneur originelle. C'est surtout par les réfutations catholiques et les travaux des hérésiographes que nous pouvons nous en former quelque idée. Le catalogue qui est joint, dans un certain nombre de manuscrits, au de Praescriptione de Tertullien -, est un des premiers spécimens de ce genre d'enquête, dont nous rencontrons un nouvel essai dans la médiocre compilation de Pilastre.
« Vous exprimez le vif désir que j'écrive quelque chose de court sur toutes les hérésies qui ont pullulé contre la doctrine de Notre- Seigneur depuis son avènement... Filastre, évèque de Brixia [= Brescia], que j'ai vu moi-inème avec saint Ambroise de Miian, a écrit un livre là-dessus ; il a mentionné même les hérésies qui se sont manifestées au milieu du peuple juif avant l'avènement du Seigneur, et il en a compté vingt-huit; quant aux hérésies depuis l'établissement du christianisme, il en compte cent vingt-
I. Dom MoRiN attribue encore à Pacien, en se fondant sur des analogies de langue : 1° le de Similitadine carnis peccati, inclus dans le Paris. i33/!i4,s. ix(R.Bén., 1912, p. i et s.); 2° le Liber ad Juslinum Manichaeurn (P.L., VIII, ggg-ioio), ordinairement imputé à G. Marins Victorinus (R.Bén., 1913, 28G et s.).
a. Voir plus "haut, p. 298.
3gS LES THÉOLOGIENS DE SECOND PLAN
huit. Epiphane, évêque de Chypre... ramassant les hérésies des temps qui ont précédé et suivi iNotre- Seigneur, n'en a trouvé que quatre-vingts. Tous les deux ont voulu faire ce que vous me demandez, et vous voyez comme ils diffèrent sur le nombre des sectes : cela ne serait pas arrivé, si ce qui a paru hérésie à l'un avait paru hérésie à l'autre. Il n'est pas à croire qu'Epiphane ait ignoré des hérésies que Pilastre ait connues, car je trouve Epiphane beaucoup plus savant que Pilastre... Mais il n'est pas douteux qu'en pareille matière, les deux auteurs n'avaient pas le même sentiment sur ce qui était ou n'était pas hérétique ; et en effet il est difficile de le déterminer pleinement... Voyez donc si peut-être je ne devrais pas vous envoyer le livie de saint Epiphane ; je crois qu'il a parlé là-dessus avec plus de lumières que Pilastre... »
Cette appréciation de saint Augustin clans une lettre à Quoduultdeus* est à retenir, mais il est indispensable d'en accentuer encore la nuance défavorable.
De la personne même de Pilastre, nous ne savons que peu de chose. Un sermon de Gaudentius, son successeur, suggère l'idée d'un controversiste remuant et voyageur -, qui, à travers le monde romain, aurait lutté contre les païens, les juifs, les hérétiques, en particulier contre Auxence, l'évêque arien de Milan, et se serait livré, à Rome même, à des joutes oratoires privées et publiques. Quoi qu'en dise Marx, le dernier éditeur du Liber de HaeresVous , Pilastre était vraisemblablement latin d"origine : les caractères de sa langue favorisent cette hypothèse '..
Quant à son étiage intellectuel, c'est assez bas qu'il