‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 246 sur 460 · Ep. ccxxii · texte numérisé non relu

Ep. ccxxii

2. Voir le Senno de vita et obita Filastrii (P.L., XX, 998 ): « ...Circumiens uniuersum paene ambitum Romani orbis, dominicum praedicauit uerbum... )>

3. Bonne démonstration dans P.-C. Juret, Etude gramm. sur le latin de saint Filastrius, thèse Fribourg-en-S., 190/I (= Roman. Forsch., xi\ [1906], p. i3o et s.), p. 4-5.

GAUDENTIUS 899

le faut placer. C'est un esprit brouillon, incapable de déterminer d'une façon précise, lui hérésiologue, le concept même d'hérésie', et curieux puérilement d'établir entre ses notices une artificielle symétrie ^ Il est tel paragraphe du Liber de Haeresibus qui défie les efforts de Tinterprétation la plus attentive. Avec l'assurance de la médiocrité, Filastre rejette en bloc les sciences humaines, les incmes sentenliae philosophorum^ les deliramenla poetarum, les meridacia hisioriographorum : tout ce qu'il cite des œuvres profanes semble extrait, non point des textes originaux, mais des sources ecclésiastiques qu'il utilise. Ces sources,^ il est malaisé de les repérer, car il entremêle ses emprunts d'autres emprunts et dinventions personnelles ^ Il ne paraît guère douteux, quoique la chose ait été contestée, qu'il ait eu sous les yeux le Panarion de saint Epiphane. Le Panarion a dû être achevé vers la fin de 876 ou au cours de l'année 877. On est arrivé par un examen approfondi des données incluses dans le Liber de Haeresibus à en localiser la rédaction entre 385 et 891 . Or, à cette époque, les ouvrages importants passaient très vite d'Orient en Occident.

Nous savons de Gaudentius, le panégyriste de Filas-

1. Il faut dire à sa décharge que ce concept ne s'est éclairci qu'assez. tardivement. Hérésie et sclùsme ont été longtemps à demi confondus : voy. BuoNAïUTi, dans Atlienaeiini, IV (ugiô), p. i68-i8o; Mo:<ce.\.ij\, IV, 161-2; Bayard, Le latin de saint Cyprien, P. 1902, p. i83. Mais comment admettre des afQrmations du genre de celle-ci (S cii; : « Alia est haeresis^ quae terrae motum non Dei iussione et indignatione Geri, sed de natura ipsa elementorum opinatur » ?

2. Augustin indique la division choisie par Filastre (28 -\- 128). Ces 128 hérésies, nées durant l'ère clirétienne, Filastre les divise en deux séries de 64 -|- 64, dont la première est classée xatà 8ia&oxqv, la seconde xarà boÇav.

3. Voir pour une plus ample discussion mes Sources de Vilist. du Montanisme, P. igiS, p. xxxvi et s.

tre, qu'il était en Orient, quand lui arriva la nouvelle de son élection comme évêque de Brixia. Il hésitait à assumer les responsabilités de cette charge, mais saint Ambroise et d'autres évêques lui écrivirent des lettres si pressantes qu'il se décida à accepter. Personnage fort considéré, il prit part à l'ambassade qui fut envoyée à la cour impériale de Gonstanti'nople par Honorius et le pape Innocent I", quand saint Jean Ghrysostome eut été condamné à l'exil. Ses sermons étaient très goûtés. Une circonstance fortuite le décida à en rédiger quelques-uns. Un certain Benevolus, magister memoriae de Valentinien II, pieux fonctionnaire, si attaché à la foi de Nicée qu'il renonça à sa charge plutôt que de collaborer à la loi du 23 janvier 386 portée en faveur des ariens, n'avait pu, étant malade, entendre les dix sermons prononcés par Gaudentius pendant la semaine de Pâques. Sur sa prière, l'évê que consentit à les mettre par écrit ^ Il y joignit cinq tractafus, dont quatre sur l'Evangile et un sur les Macchabées. Six autres pièces peuvent lui être attribuées pour de sérieuses raisons, à savoir le de Ordinatione sut , le de Dedicatione hasilicae ; Vad Sermiiiium ; Vad Paiilum diaconum ; le de Petro et Paulo ; le de Vita et obltii b. Filas tr a (indûment suspecté par Marx). Son style est simple, correct, et décèle une formation classique.

Qu'il y ait eu un Zenon, évêque de Vérone, dans la seconde moitié du iv^ siècle, la chose n'est pas dou-

I. C'est Gaudentius lui-même qui fournit ces indications (P.L., XX, 827; 83o).

ZENON DE VÉRONE /lOI

leuse. Dans une lettre adressée à Syagrius, évêque de cette ville, vers 386, à propos d'une religieuse injustement soupçonnée, saint Ambroise s'exprime ainsi : <( Avant tout jugement, vous vous êtes formé une idée préconçue contre une fille à qui Zenon, de sainte mémoire, avait accordé son estime et qa'il avait sanctifiée de sa bénédiction ^.. » D'autre part, nous possédons un sermon de Petronius de Bologne, prononcé à Vérone pour l'anniversaire de Zenon, qui est demeuré le patron de cette ville -. Il est singulier que ni saint Jérôme ni Gennadius ne le mentionnent dans leurs catalogues d'hommes « illustres ». Saint Jérôme paraît avoir ignoré que son contemporain Zenon ait eu l'étofï'e d'un écrivain. Pourtant une douzaine de manuscrits nous ont conservé sous son nom seize sermons assez développés et soixante-dix-sept beaucoup plus sommaires'. Certains indices font penser que Zenon devait être d'origine africaine. Un de ces iractatas est consacré à un obscur martyr de Mauritanie, Arcadius de Caesarea. L'auteur imite fidèlement Tertullien, saint Gyprien, Lactance, et même Apulée : ne s'en va-t-il pas chercher certaines de ses images dans les scènes les plus risquées du voluptueux sophiste de Madaure * ?

Page 1