Cf. Horace, Sat., I, iv
42 2 LA POÉSIE LATINE CHRÉTIENNE AU iV SIÈCLE
facile se reconnaît davantage le droit de percer. Mais il est gêné, et cela se sent un peu trop. Aussi timoré comme classique que comme chrétien, il n'a d'autre souci que de mettre ses pas le plus fidèlement possible dans les vestiges de ceux de Virgile, son modèle de prédilection, ou encore de Lucrèce, de Stace et de quelques autres '. La simplicité évangélique ne sort pas sans dommage de ces adaptations laborieuses. Le Transeat a me calix iste est ainsi délayé :
« Si fas est, genitor, calicis me transeat huius « Incumbens ualido nobis uiolentia tractu, « Sed tua iam ueniat potius quam nostra uoluntas « Quae tibi décréta est tantis sententia rébus. »
Le iam foetet devient ceci :
<( Grediderim corpus motu fugiente caloris
« Fetorem raiseram liquefactis reddere membris. »
Les modernes sont très sensibles à ces erreurs de goût. Certaine phrase de saint Jérôme fait penser qu'il en avait déjà senti la maladresse {Ep. lxx, 5). Pourtant Juvencus fondait une tradition, et son initiative a suffi à lui assurer le respect de ses successeurs chrétiens, qui ont souvent imité cet imitateur *. Sa gloire a traversé tout le moyen âge ^ mais elle ne l'a guère dépassé.
L'Heptateuchos du poète Cyprien ne nous est connu sous sa forme actuelle que depuis peu d'années. En i56o, G. Morel avait publié, d'après un manuscrit de
I. Les particularités de sa versiQcation sont signalées dans l'édition du C.V., p. 16;'). Il fait un usage fréquent de la rime. Il a hasardé quelques créations verbales : auricolor (i, Bb6); Jlammiaomus (ProL, a3) ; Jlammicomans {iv, 301); Jîamrnipes (ii, 5/i6) ; altithronus (ProL, ai et passim); etc.
a. Cf. l'édition d'HuEMER (C.V.), p. vm.