‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 260 sur 460 · Ibid., p. XIV · texte numérisé non relu

Ibid., p. XIV

la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Victor, à Paris — ce manuscrit est aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale, n° 14758, — un petit poème de i65 vers intitulé Genesis. A ce fragment, les bénédictins dom Martène et dom Durand ajoutèrent, en 1785, 1276 vers d'après un ms. de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés {= Bibl. Nat., n" 13407). En 1862, le cardinal Pitra compléta cette Genesis par l'apport de 67 vers {Spicil. Solesm., t. I). Les trois manuscrits qu'il avait examinés, à savoir deux manuscrits de Laon (IX* s.), et un manuscrit du collège de la Sainte-Trinité, à Cambridge (X" s.), lui permirent de donner en 1888, dans ses Analecta nouissima Tusculana, six autres poèmes sur les livres qui font suite à la Genèse, à savoir V Exode, le Lévitiqae, les Nombres, le Deutéronome, Josué, les Juges. L' « Heptateuque » était constitué. Le nom d'un Cyprien se trouvait fourni par un ancien catalogue du X^ siècle des manuscrits de Saint- Nazaire de Lorsch et par un des manuscrits de Laon. Quel était ce Cyprien? L'auteur de la Caena Cypriani, insérée parmi les apocryphes de saint Cyprien ? le prêtre Cyprien, auquel est adressée la Lettre gxl de saint Jérôme ? C'est ce que l'on n'ose décider. En tous cas, c'était un lettré, familier avec Virgile, Ovide, Perse, Juvénal, Lucain, avec plusieurs aussi des poètes chrétiens, et qui n'était pas dépourvu d'une certaine habileté technique : c'est ainsi que, pour diverses parties d'un tour plus lyrique, il subs titue à l'hexamètre l'hendécasyllabe phalécien (v. g. Exode, 507-542 ; Nombres, 557-567 ; Deiilér., i52- 278). Sa prosodie est d'ailleurs assez fantaisiste, et il fait un abus désagréable du vieux procédé romain de l'allitération.

Il est probable que l'effort poétique accompli par

Cyprien était encore plus considérable que nous n'en pouvons actuellement juger, car on a retrouvé des vers isolés des quatre livres des Rois, des deux livres des Paralipomènes et de Job. On rencontre aussi, dans d'anciens catalogues, des vestiges d'une traduction versifiée de Judith et d'Esther. Peut-être Cyprien avait-il essayé de mettre en vers l'Ancien Testament tout entier, quitte à laisser en dehors de son cadre, comme on voit qu'il le fait à diverses reprises, les parties de son modèle qui ne se prêtaient pas à cette transposition.

Une autre série de pièces se rattache au genre didactique qui bénéficiait à Rome d'une longue popularité : « On peut dire... en se rappelant Lucrèce, Virgile et Manitius même, qu'il sollicitait les parties les plus hautes de l'âme romaine ; qu'il répondait à ses aspirations les plus nobles et les plus précieuses '. » Depuis le IIP siècle, cette vigoureuse tradition s'était affadie en des œuvres médiocres, comme les Cynegeiica de Némésien, le de Re rustica de Palladius, et bien d'autres. Les écrivains chrétiens eurent le mérite de comprendre les avantages que leur offrait, comme moyen d'exposition ou de polémique, un genre littéraire qui avait de si fortes attaches avec le passé romain.

Le de Cruce ^ (intitulé aussi de Pascha, de Ligna uilae) mérite une mention spéciale. L' « arbre de

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