‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 262 sur 460 · Tableau VI, n · texte numérisé non relu

Tableau VI, n

à2Q LA POÉSIE LATINE CHRÉTIENNE AU IV" SIÈCLE

de sa distinction revienne à ces rites absurdes et sanglants, et il formule le vœu qu'en vieillissant le relaps sache s'en détacher. « Comme je n'ignore pas que vous aimez la poésie, observe-t-il, j'ai voulu devenir poète pour vous répondre, et je me suis hâté d'écrire ces vers pour vous faire honte. » Le morceau est d'une langue très claire et d'un tour très vif. — L'Invective contre Nicomaque a été écrite au cours ou au lendemain de la réaction païenne tentée par l'empereur Eugène de 892 à 394. Virius Nicomachus Flavianus, préfet du prétoire à plusieurs reprises, consul en 894, historien d'un certain talent, s'était montré, parmi les membres de l'aristocratie romaine, l'un des plus attachés à l'ancien culte' ; il avait péri avant même qu'Eugène fût frappé à son tour. L'invective célèbre la chute de cet adversaire influent du christianisme et en tire prétexte pour tourner en dérision avec quelque lourdeur les superstitions païennes, le culte d'Isis et de la Magna Mater. Ce poème, dont le style est maladroit et la versification peu correcte, nous a été conservé par un seul manuscrit, le Cod. Paris. 808/j, du VP siècle, qui renferme aussi les poèmes de Prudence. — Le Carmen aduersus Marcionem ^ en cinq livres et 1802 vers fut publié en i564 par George Fabricius, d'après un manuscrit actuellement perdu, qui provenait sans doute du monastère de Lorsch, et où le poème était attribué à Tertullien. La comparaison avec l'authentique traité de Tertullien contre Marcion démontre que cette attribution est inexacte. On a songé, sans que les preuves alléguées soient décisives, à Marins Victorinus, à Victorin de Peltau,

1. Il traduisit en latin, dans un dessein hostile, la Vie d'ApWonias de Tyane, par Philostrate.

à Commodien. L'époque de composition du Carmen, non plus qu€ le pays où il fut écrit, ne peuvent être précisés avec certitude'. Outre Tertullien, l'auteur exploite quelques autres écrivains chrétiens, Théophile, saint Cyprien, etc. Son exposé reste terne et confus, en dépit d'une certaine correction prosodique, et languit étrangement auprès de la prose de Tertullien. si ardente, si caustique et si passionnée. Fabricius a eu le tort de retoucher arbitrairement le texte pour lui donner une couleur plus classique : quelques restitutions du texte primitif sont possibles, grâce à un poème intitulé Versus Victorini de legs Domini ', qui est formé de vers empruntés au Carmen aduersus Marcionem.

Deux manuscrits, le Codex Veronensis i63 (IX* s.) et le Vossianas Q 33 (X« s.), saint Grégoire de Tours % un grammairien anonyme du haut moyen-âge *, attribuent à Lactance le Carmen de Ane Phoenlce^. Ce poème raconte en 85 distiques la légende du Phénix, sa vie d'oiseau prêtre du Soleil dans un bois sacré d'Extrême-Orient (v. i-58) ; sa mort volontaire, tous les mille ans, sur un palmier de Phénicie où il se construit un nid à cet effet (v. ôg-gS) ; enfin sa résurrection, et le transfert de sa propre dépouille en Egypte, au temple du Soleil (99-170). — Cette légende

1. Une récente étude de Karl Holl, S.B.B., 1918, p. 5i4-559, aboutit à cette conclusion que le poème a dû être rédigé dans le sud de la Gaule durant le dernier quart du V° siècle. Sa démonstration s'appuie sur deux passages, la liste des papes (m, 376 et s.), la légende du Golgotha où Adam aurait été enseveli (11, 160 et s.). Voir mon analyse dans la lievue de Philologie, Rev. des Bev., 1919-1920.

2. Cf. Brandes, dans Wiener Studien, XII (1890), p. 3 10. Ce poème est inclus dans le Valicanus Reyin. 082, du ix' ou x" s.

3. De Carsa StelL, S la (M.G.H.. Scr. rcr. Merov., i, a, p. 861). Ix. G. L., V, g. 477, i4 et s.

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