P.L., LIX, 1C3. Cf. Isidore, de Vir. M. xxii
Zi32 LA POÉSIE LATINE CHRÉTIENNE AU iV SIÈCLE
maturité intellectuelle et physique, à quarante ans '. Depuis quelques années déjà ses amis sentaient bien que son âme changeait, qu'il se détachait progressivement de tout, et ils soupçonnaient que l'influence de ïherasia, sa femme, une pieuse Espagnole, favorisait puissamment ce travail secret ^ Mais pouvait-on s'attendre à une rupture aussi complète, à l'aliénation de ses magnifiques propriétés foncières, régna Paulini\ qu'il liquidait pour en distribuer l'argent aux pauvres ? Qu'allait devenir l'empire, menacé par les barbares, si les plus vaillants de ses défenseurs faisaient ainsi défection ? Etait-il juste aussi qu'en un temps où les honneurs publics constituaient une si lourde charge, les plus riches s'y dérobassent en en laissant peser tout le poids sur d'autres épaules ? Le patriotisme inquiet, les intérêts lésés, enfin l'esprit de jouissance humilié par l'esprit de sacrifice, tous ces sentiments de qualité inégale collaborèrent à rendre le scandale plus éclatant. Paulin sentit la désaffection dont il était l'objet. 11 en souflrit sans doute, mais il était résolu à opérer les coupures nécessaires. Sa femme, d'ailleurs, partageait, en une complète harmonie d'âme, tous ses renoncements.
Il n'en était pas venu là d'un seul coup. Né d'une famille chrétienne, la préoccupation religieuse s'était éveillée chez lui d'assez bonne heure. Encore tout jeune homme, il avait été vivement frappé des miracles qu'il vit s'accomplir à la basilique de Saint-Félix, à Noie, qui appartenait à sa famille *. Puis il était entré dans la carrière des honneurs et avait mené