LA CULTURE PROFANE DANS LE CHRISTIANISME /^S
sur les rapports de la cultuie antique avec le christianisme. Quelque précaution que Ton doive prendre avant de hasarder, en un domaine si vaste, des affirmations générales, je crois qu'un fait s'impose ici. Accueillie avec défiance et même avec quelque aversion par le christianisme, cette culture n'a été finalement sauvegardée que comme servante de la théologie, et auxiliaire de l'interprétation biblique.
Voilà à quel rôle un peu humilié elle aurait été réduite, s'il fallait ne tenir compte que des déclarations que les plus autorisés porte-paroles du christianisme ont articulées à son propos. « Non discere debemus ista, sed didicisse. » Ce mot de Sénèque ' pourrait servir d'épigraphe aux divers opuscules chrétiens où le problème de l'utilisation du patrimoine gréco-romain fut envisagé théoriquement. Des exercices d'assouplissement pour l'intelligence, pratiqués juste le temps nécessaire pour que le bénéfice en soit acquis, voilà, diraiton, l'office unique auquel aurait dû aboutir tout le labeur humain antérieur à la foi nouvelle.
Cela, c'est la thèse : c'est le principe officiel ; c'est aussi, on le soupçonne, l'expédient de gens tiraillés entre les réclamations de leur bon sens et celles des iconoclastes de la pensée et de l'art antiques.
Mais, dans la réalité des faits, cet art, cette pensée ont pénétré dans le christianisme bien plus profondément et intimement qu'on ne s'en pourrait douter, si l'on prenait pour argent comptant les professions opportunistes d'un Basile, d'un Jérôme ou d'un Cassio-