‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 270 sur 460 · I. Ausone, Ep. xxiii (Peiper, p · texte numérisé non relu

I. Ausone, Ep. xxiii (Peiper, p

a. J'ai traduit et commenté cette Correspondance, Paris (Bloud), igio»

SAINT PAULIN DE NOLE /i35

En dépit de toutes les protestations de respect et de tendresse, rien ne pouvait être plus mortifiant pour Ausone, ni lui faire mieux mesurer d'un seul coup d'oeil l'abîme qui s'était creusé entre leurs deux esprits, autrefois si cordialement pareils.

De plus en plus, en regardant autour de lui, Ausone s'apercevait que pour quelques-uns les belles phrases ne sont pas une raison suffisante de vivre, et cette constatation le plongeait dans une sorte de stupeur. Il voyait des patriciens, des patriciennes entreprendre de lointains pèlerinages en Terre-Sainte. Il voyait un avocat illustre comme Sulpice-Sévère imiter les abdications de Paulin ; et vers le même temps, les saint Martin, les Romain de Blaye, prodigieux pêcheurs d'âmes, déterminaient dans les masses les plus étonnantes conversions. En cette fin du IV'' siècle un vent d'ascétisme souffle sur tout l'Occident. La piété, la confiance, la foi, soulèvent les fidèles du christianisme pour la conquête et pour la lutte. Dans l'entourage même d'Ausone, son petit-fils Paulin (de Pella), encore tout enfant, manifestait des velléités de se consacrer au service du Christ, et ses parents ne s'y opposaient pas tout d'abord. Le vieillard pouvait, par une expérience quotidienne, observer la prodigieuse différence qui séparait son christianisme tout extérieur et formel d'un christianisme véritablement senti et profond '.

Dans les classes populaires, par contre, le prestige des sacrifices librement consommés par Paulin et Therasia fut extraordinaire. Le jour de Noël Sg^ (ou Sgô) le peuple de Barcelone contraignit pour ainsi dire

1. Sur le christianisme d'Ausone, voiri6ùi., p. 53-63. L'œuvre d'Ausone a été édité par Peiper (B.T., 1886) et Schenkl, M. G. H. ,5, 2 (i883j. Trad. franc, de Corpet, dans la coll. Panckoucre et la coll. Nisard.

Paulin, dans une sédition d'enthousiasme, à recevoir la prêtrise des mains de l'évêque Lampius, encore qu'il ne se trouvât point dans des conditions canoniques régulières'. Peu après, Paulin décida de se retirer à Noie, auprès du tombeau de saint Félix. Il s'embarqua avec Therasia à Narbonne, fut accueilli de la façon la plus chaleureuse par saint Ambroise, qui voulut l'inscrire, au moins nominalement, dans son clergé^; beaucoup plus froidement par le pape Sirice, dont Paulin ne précise pas les griefs'. Les trente-cinq dernières années de sa vie, c'est à Noie qu'il les passa, dans des exercices de mortification et de prière. Il consacra ce qui lui restait encore de son patrimoine à construire pour saint Félix une basilique nouvelle, qui fut inaugurée en 4o3. Il recueillit en 409 la dignité épiscopale, à la mort de l'évêque Paulus. S'il avait eu l'esprit assez médiocre pour souhaiter une revanche sur les détracteurs de sa vie, il l'aurait eue éclatante lorsqu'en 4 10 il vit arriver à Noie, misérables et glacés d'effroi, les fuyards pourchassés par les hordes d'Alaric. Le flot des barbares avait passé sur ces riches domaines, sur ces claires villas, sur tous ces biens par où la vie gallo-romaine était si plaisante et si douce que de s'en désister avait paru folie. La civilisation latine, dont on avait opposé naguère les séductions et les exigences à son vœu d'ascétisme, se résolvait en poussière.

Il mourut le 22 juin 43i, vers 76 ou 77 ans. Son corps fut enseveli dans la basilique de Saint-Félix : il

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