I. Ep. XLV
mais à une condition expresse, c'est qu'il pourrait rester moine et dégagé de tout lien avec la vie du siècle*. On aperçoit chez lui une volonté bien nette d'éliminer de sa vie tout ce qui en aurait entamé, infructueusement à son gré, la complète indépendance.
Il n'eut pas non plus, comme les grands pasteurs dont j'ai rappelé les noms, de vastes auditoires pour y éprouver la force de sa parole. Nous avons des homélies de saint Jérôme. On en a retrouvé près d'une centaine en ces dernières années ^ Mais ce sont des allocutions toutes familières, « chuchotées, dit-il lui-même, dans un coin de monastère^ », qu'il adressait à ses moines de Bethléem. Elles n'ont pas atteint le public chrétien, à proprement parler.
En sorte que cet homme, qui fut, pendant près de quarante ans, une des lumières de la chrétienté et qui modela tant d'âmes selon son propre idéal, a dû toute son influence à ses qualités d'homme de science et, plus encore, à ses initiatives d'homme d'action. Privée d'adjuvants extérieurs, chez lui la personnalité a tout fait. Essayons de la décrire dans sa formation et dans l'œuvre de sa maturité.