Ep. xxn
Après des journées, des nuits entières, passées dans les cris et les angoisses, redoutant sa cellule comme complice de ses pensées ', il fuyait n'importe où, en des lieux encore plus abrupts, et parfois une sorte d'extase venait l'inOnder d'allégresse parmi ses prières et ses larmes.
Heureusement le travail intellectuel lui apporta son bienfait, douloureux parfois, toujours efficace. Ce fut dans le désert de Chalcis qu'il apprit la langue hébraïque, sous la direction d'un Juif lettré qui lui rendit les plus doctes services ^ Cette initiation fut pour lui une pénitence sévère :
« Laissant là, raconte-t-il % les traits ingénieux de Quintilien, les flots d'éloquence qu'épanche Cicéron, la gravité de Fronton et la douceur de Pline, je me mis à apprendre l'alphabet hébreu et à étudier une langue aux mots gutturaux et haletants *. Ce que j'ai dépensé d'efforts, ce que j'ai souffert de difficultés, combien de fois, désespéré, j'ai interrompu une étude que le désir obstiné de savoir me faisait ensuite reprendre, seul, je puis l'attester, moi qui ai tant peiné, et avec moi ceux qui partageaient alors ma vie. Et je rends grâces à Dieu de ce que, d'une semence si amère, je recueille maintenant les doux fruits. »
Au surplus, sauf durant les périodes où son âme troublée quêtait l'isolement, il n'était pas si loin du monde civilisé qu'il ne pût demeurer lié à ses amis par un commerce de lettres. Il se faisait envoyer par eux des livres', et il leur proposait en échange des bibles copiées sous ses yeux par des alumni dressés à cet effet. Il eut même le bonheur de recevoir la visite
1. « Ipsam quoque cellulam meam, quasi cogitationum mearum coasciatn, pertimescebam. » (Ibid.)