Jusqu'à sa mort, en liOlx. Eustochium lui succéda
pèlerins furent également bâties. Alors commença la période la plus heureuse de la vie de Jérôme et de ses compagnes. Peu de temps après leur arrivée, celles-ci écrivaient à Marcella une lettre pleine de mysticisme et de tendresse où se peint leur ravissement'. Tout en veillant à la bonne économie du couvent, elles prenaient plaisir à s'abaisser aux plus humbles besognes, faisant les lampes, balayant les chambres, allumant les feux ^ — Jérôme voyait souvent ses amies ; il commentait pour elles les Écritures et les chargeait de menues besognes c[ui l'aidaient dans ses travaux. C'est à Bethléem, dans cette cellule qu'il appelait son paradis, qu'il écrivit la plus grande partie de ses ouvrages. De plus, il avait ouvert une école de jeunes garçons auxquels il enseignait la grammaire et commentait les auteurs classiques '. Mais le meilleur de son temps était absorbé par le monastère : il apprenait à ses moines à copier les manuscrits, donnant ainsi le modèle de ces communautés laborieuses qui ont sauvé au moyen-âge tant de débris de la civilisation antique.
Il avait déjà appris l'hébreu dans le désert de Chalcis. Il s'y remit avec une nouvelle ardeur sous la direction d'un Juif nommé Bar Anina qui lui vendait ses leçons, — de nuit pour éviter l'animosité de ses coreligionnaires*. Gaston Paris a remarqué, non sans étonnement, qu' a aucun des Pères de l'Église latine, jusqu'à saint Jérôme, ne semble avoir su l'hébreu ni
1. Ep. XLvi. Elles suppliaient Marcella de venir les rejoindre. Marcella ne vint pas. 11 y avait chez elle beaucoup plus d'indépendance et de sangfroid que che? ses amies. Celles-ci ne vivaient que par le sentiment : Marcella était avant tout une « intellectuelle ».