Ep. cxii, ao (Hilberg, C.V., t. LV, p. 389, I. aâ
48o . SAINT JÉRÔME
Mais Augustin avait d'autres objections, d'autres scrupules, et après avoir lu la traduction de Job d'après l'hébreu, il les exposait à Jérôme avec sa douce fermeté d'évêque soucieux avant tout du bien deo âmes. Que l'Occident adopte la version nouvelle et la lise publiquement, il y aura donc désaccord entre les Églises latines et les Églises grecques, fermement attachées Siux Septante^? Qu'une controverse s'élève sur quelque passage scripturaire, le recours au grec est aisé, mais imagine-ton un recours à l'hébreu, que personne ne connaît^? Puis, la traduction de Jérôme était-elle toujours aussi sûre qu'il le croyait?
« Il est arrivé qu'un évêque de nos confrères ayant ordonné qu'on lût votre traduction dans l'église à laquelle il est préposé, on s'émut que vous eussiez rendu un passage du prophète Jonas d'une manière fort différente de celle qui était invétérée dans toutes les mémoires et que tant de générations avaient répétée. Tout le peuple fut en rumeur ; les Grecs surtout vous accusaient avec passion d'avoir falsifié le texte; à tel point que l'évèque (la scène se passait à Œa) fut obligé de consulter les Juifs. Soit ignorance, soit malice, ceux-ci affirmèrent que la teneur de l'hébreu était conforme à celle des exemplaires grecs et latins. Notre évêque se vit forcé de rectifier le passage comme erroné, afin de retenir son peuple qui avait été sur le point de l'abandonner. Il me semble donc que vous avez pu, vous aussi, vous méprendre en quelques endroits, et vous devinez à quelles conséquences cela peut aller, dans un texte qu'il est impossible de corriger d'après l'original, dont la langue n'est pas en usage'. »
Somme toute, Augustin ne voyait pas de raison sérieuse de bouleverser tant d'intérêts et de traditions vénérables. Et il conseillait vivement à Jérôme de se borner à donner une bonne traduction des Septante,
I. Ep. ctv, 4 (dans Jérôme; Hilberg, C.V., LV, p. 2/10, 1. i5). a. Ibid., p. 2^0, 1. rg.