Ep. LVIII, II
a. Ep. Lxi.
3. Il appelle Vigilantius Dormitantius (comme ennemi des pieuses veilles). J'observe que Gicéron approuvait expressément ces jeux de mots sur les noms propres : de Oral., II, lxiii, ih'j.
tx. Ep. CLSxx, 5.
Agd SAINT JÉRÔME
tives à l'origénisme, où il eut à se débattre contre les attaques personnelles les plus mortifiantes. Il ne peut être question de raconter ici toutes les phases de cette lutte douloureuse * : au moins faut-il esquisser la physionomie de quelques-uns des protagonistes qui y furent mêlés, et en indiquer le point de départ.
Dans les dernières années du lY* siècle la gloire d'Origène brillait encore d'un vif éclat, en dépit des efforts de quelques-uns pour la voiler. L'entrée en lice d'un redoutable adversaire allait changer cela. A partir de 87/1, l'évêque de Salamis, Epiphane. s'assigna pour tâche de perdre Origène et l'origénisme dans lopinion catholique. A qui douterait encore que l'érudition la plus étendue puisse s'allier dans le même esprit avec une réelle médiocrité d'intelligence et les partis-pris les plus entêtés, on pourrait présenter Epiphane comme un spécimen assez réussi de ce déplaisant amalgame. C'était personnellement un homme d'une piété édifiante et d'une vie digne de respect ; mais, tout brûlant d'un zèle passablement brouillon, il s'était constitué chasseur d'hérésies, et il avait flairé dans l'origénisme une proie magnifique.
Nous avons dit ce qu'avait représenté Origène pour la jeunesse laborieuse de Jérôme, le respect, l'admiration qu'il avait voués à l'illustre exégète, sa promptitude à taxer d'ignorance quiconque se refusait à reconnaître en lui le Maître des Eglises depuis l'âge apostolique (post apostolos Ecclesiarum magistram nemo nisi imperUus negabit)^. Sous quelles influences
1. Elle est retracée d'une façon très vivante dans l'ouvrage de J. Brochet, Saint Jérôme et ses ennemis, P. igoB. Mais la chronologie des faits n'est pas toujours exacte chez Brochet : voy. les études importantes de HoLt. et de JûLicHER dans S.B.B., 1916, p. 326 et s. [et mon analyse dans ■ la Rev. de Philol., Rev. des Revues, igi/J-
a. De Nomin. hebr. Praef.
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put donc s'opérer le revirement inattendu qui. aux environs de lioo, se dessina dans son esprit ?
Il nous faut ici introduire en scène un nouveau personnage qui va jouer un rôle important dans cette crise, l'énigmatique Tyrannius RuJQnus.
Rufin était né à Concordia, près d'Aquilée. Il avait lié connaissance avec Jérôme à Rome, où ils faisaient tous deux leurs études, et leur amitié s'était resserrée jusqu'à la tendresse dans le cercle ascétique d'Aquilée. Quand ce cercle se dispersa, Rufin, devenu moine, s'attacha à la personne d'une riche patricienne, Mélanie ' ; il devint un peu son directeur de conscience, son indispensable conseiller. En novembre 372, ils partirent tous deux pour l'Orient. Ils s'arrêtèrent dabord en Egypte : Rufin y prolongea son séjour, tandis que Mélanie poussait jusqu'à Jérusalem et y fondait un monastère, où Rufin la rejoignit en 378. L'influence d'Origène était alors tout à fait prédominante en Orient, surtout en Egypte parmi les moines. Rufin la subit d'autant plus aisément qu'il navait pas une originalité d'esprit très vigoureuse. Si nous jetons un regard sur son œuvre (presque tout entière postérieure à 397), nous constatons que. mis à part ses écrits de polémique et un ou deux traités exégétiques. elle est faite de traductions. Rufin avait observé qu'on savait de moins en moins le grec en Occident, que des penseurs de l'envergure d'Origène j étaient totalement ignorés, même dans les hautes sphères ecclésiastiques ; il se dit que ce serait besogne utile que de transposer diverses œuvres maîtresses de la théologie grecque, fût-ce au prix de quelques infi-
I. C'est Mélanie « l'Ancienne », fille de Marcellinus, qui fut consul en 34 1- Sa petite-lille, Mélanie « la Jeune », femme de Pinianus, s'installa à Bethléem en 4i4 avec sa mère Albina, et Pinianus, son mari.
délités et remaniements, dans un latin aussi correct et élégant que possible *.
Quand Jérôme et Paula arrivèrent en Palestine (386), Mélanie et Rufin tenaient à Jérusalem une situation de premier plan. Comme les pieux pèlerins s'établirent à Bethléem, les menues jalousies et occasions de dissentiment purent être assez facilement évitées pendant quelques années. — Mais voici qu'en 892, un certain Aterbius (peut être envoyé par Epiphane) vint demander à Jérôme et à Rufin de condamner l'origénisme, dont les progrès en Palestine étaient alors sensibles. Jérôme ne put manquer d'éprouver quelque perplexité. Jusqu'alors il avait surtout envisagé en Origène l'interprète des Écritures plutôt que l'audacieux constructeur d'idées ; la sainteté d'Épiphane, son universelle érudition, son zèle orthodoxe durent intimider son jugement et éveiller en lui une crainte de dévier de la droite voie, s'il s'attachait obstinément à défendre tout un système théologique qu'il n'avait guère scruté jusqu'alors. Bref, il s'associa à la réprobation des erreurs qu'Aterbius lui signalait chez le grand Alexandrin. Rufin, lui, refusa purement et simplement de recevoir Aterbius. Cette différence d'attitude créait d'emblée un certain malaise entre les deux amis.
Sur ces entrefaites, Epiphane, presque octogénaire, crut devoir se porter de sa personne à Jérusalem (sans doute au cours de l'année 892) pour combattre directement la peste de l'origénisme, dont l'évêque
1. Signalons ici la traduction latine anonyme des Acta Archelai (C.B., Beesom) qui dut être rédigée vers la fin du IV' s. Ces deux dialogues de l'évêque Archelaùs avec Mani constituent une des sources importantes de l'histoire du Manichéisme. La traduction « palatine » du Pasteur d'Hermas ( éd. Gebh.vrot et H\RX\CK., dans Palrum apost. op.,fasc.3, L. 1877) est de la même époque.
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Jean était infecté. Un duel oratoire où, sous les dehors d'une courtoisie frémissante, bouillonnaient les passions adverses, les mit aux prises dans la chapelle du Saint-Sépulcre. Jean se refusa à tout désaveu de l'origénisme. Alors Epiphane quitta la ville en pleine nuit et se réfugia au monastère de Bethléem. Il intima aux moines l'invitation formelle de ' rompre avec Jérusalem et son évêque suspect, et, pour qu'ils ne pussent arguer de nécessités liturgiques, il ordonna prêtre quasi de force le propre frère de Jérôme, Paulinianus. Quelques mois plus tard, il lançait contre Jean de Jérusalem un ultimatum décisif oiî il le sommait de se prononcer sur Forigénisme. Jérôme traduisit cette lettre pour mettre au courant son ami, Eusèbe de Crémone, qui ne savait pas le grec. Sa traduction tomba entre les mains de Rufin. Jean et Rufîn purent croire que Jérôme s'associait personnellement à la campagne ouverte par Epiphane.
Alors commença une guerre de manœuvres souterraines, d'intrigues et de chausse-trapes, coupée de trêves, de réconciliations verbales, pour reprendre ensuite avec encore plus d'acharnement et de traîtrise. En 397, Rufin, revenu en Italie, y mit à la mode la querelle origéniste et embrigada dans sa rancune les anciens ennemis de Jérôme. Avec une habileté qui ressemble fort à de la perfidie, il affectait de mettre sous le patronage de Jérôme ses tentatives en faveur d'Origène et rappelait les nombreux témoignages qu'avait jadis donnés Jérôme de son admiration pour l'auteur du traité Des Principes. Jérôme protestait : « J'ai loué, afiirmait-il, l'exégèse d'Origène et non sa doctrine, son génie et non sa foi, le savant et non le propagandiste*. » Poussé par ces polémiques bien au-