Ep. XLII, î
LA PEREGRINATIO /ÎÎTHERIAE 5o3
-de la mer Ionienne] et per urbein Romain Mediolanum usque, sans nom d'auteur, n'est guère qu'une nomenclature topographique, dressée par un pèlerin qui, parti de Bordeaux pour Jérusalem, revient dans sa ville natale par Gonstantinople, Rome et Milan, après un séjour de quelques mois en Terre-Sainte. Sa préoccupation presque unique est de marquer les distances entre les relais de poste (mutatio) où il s'arrête, les villes qu'il traverse et les gîtes (mansio) où il passe la nuit. La partie relative à la Terre-Sainte prend un tour descriptif un peu moins aride, mais avoisine encore le simple catalogue, avec adjonction de souvenirs bibliques. L'ensemble est de la plus rebutante sécheresse.
La Peregrinatio Mtheriae a un caractère différent. Elle fut trouvée par Gamurrini dans le même manus-' crit d'Arezzo qui lui livra aussi le de Mysteriis et des fragments d'hymnes attribués à saint Hilaire. Ce manuscrit du XP siècle avait appartenu précédemment au Mont-Cassin. Dom de Bruyne * a découvert depuis lors quelques fragments de la Peregrinatio dans un manuscrit de Madrid (s. ix).
C'est le récit d'un pèlerinage fait par une femme aux lieux saints. Elle s'adresse à ses « sœurs » {dominae uenerabiles sorores, dominae animae meae, dominas sorores, dominae, lumen meum), sur un ton affectueux et enjoué, et c'est à leur intention qu'elle consigne par écrit ses impressions et ses souvenirs. Le récit est incomplet. La partie conservée nous montre la
I. R.Bén., XXVI (1909), p. 481 et s. L'ouvrage de Petrus Diaconus, de iocis Sanctis (xi* s.), où est utilisée la Peregrinatio, permet aussi d'y compléter certaines lacunes (Cf. Geyer, dans C.V., t. XXXIX, p. xiin). — Histoire du manuscrit d'Arezzo, dans la Revue du Monde catholique, 1888, I, p. 31 et s.
5o/i LES PÈLERINAGES EN TERRE-SAINTE
voyageuse au pied du mont Sinaï. De là, elle se rend à Jérusalem, qui est son point d'attache. Au bout de quelque temps, elle se dirige vers le mont Nébo, en Arabie (x, i), revient à Jérusalem, repart vers VAusilis regio, aux confins de l'Idumée et de l'Arabie, pour y voir le tombeau {inemoria) de Job (xiii, i), et, après un nouveau séjour dans la Ville Sainte, elle songe au retour dans sa patrie. Mais auparavant, elle tient à se rendre encore en Mésopotamie, afin d'y visiter les solitaires dont elle a entendu vanter la vie extraordinaire, et aussi le tombeau de saint Thomas, à Edesse (xvii, i). Elle s'achemine donc d'Antioche vers la Mésopotamie, et, une fois sa curiosité satisfaite {at sum satis curiosa, confesse-t-elle, xvi, 3), elle se dirige sur Constantinople par Antioche, la Cilicie, la Cappadoce, la Galatie, la Bithynie, et la mer (xxii-xxiii). C'est à Constantinople même qu'elle rédige le récit de ses voyages (xxiii, lo). Elle y ajoute, pensant que ses sœurs y prendront quelque intérêt, une sorte d'appendice sur la liturgie propre à l'Eglise de Jérusalem (xxiv, i). Ce supplément est à soi seul presque aussi long que la partie subsistante de la narration proprement dite : encore la fin manque-t-elle.
Le ton de l'opuscule est parfaitement simple et allégé de toute rhétorique. L'intérêt qui s'en dégage est réel, mais encore faut-il en définir l'espèce. Les amateurs de pittoresque seraient déçus. La pèlerine n'est pas insensible aux beautés naturelles ; le flux puissant et « terrible » de l'Euphrate lui rappelle, en plus fort, le cours du Rhône ' ; elle prend plaisir à décrire les amples perspectives qu'elle a découvertes du haut du mont Nébo ^ Mais elle ne poursuit point