‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 319 sur 460 · I. T. LXXIV, p. 367 et s · texte numérisé non relu

I. T. LXXIV, p. 367 et s

a. Cette lettre avait déjà été imprimée dans la P.L. de Migne (LXXXVII, 421). Édition critique par Z. Garcia, dans A. B., XXIX (1910), p. SgS et s. Les manuscrits de la lettre de Valerius (on en a retrouvé plusieurs) donnent les formes suivantes : Etheria, Echeria, Eiheria, Aeiheria, Egeria. La forme /Etheria doit être préférée, en raison d'un tour où l'auteur semble sous-entendre un jeu de mots : « ... ut... aelherea hereditaret régna » (Garcia, p. 398).

3. M. Paul Lejay reste assez sceptique (R.G., 190g, i, i65) : « La combinaison qui a fourni le nom d'Etheria est ingénieuse ; mais une découverte nouvelle peut suffire à renverser le château de cartes. Des concordances littérales entre deux textes de ce genre ne prouvent rien : il y avait déjà des Baedeker ou des Vasi, copiés sans vergogne par les Stendhal du temps. »

LA PEREGRINATIO /ETHERIAE 607

/Elheiia était-elle originaire elle-même de Galice, ou venait-elle d'un des monastères de Marseille ou d'Arles ? Les recherches des philologues n'ont pas éclairci ce point litigieux. Il est encore très difficile, dans l'état actuel de la science, et il le sera peut-être toujours, de distinguer d'une façon précise les caractères spécifiques des latinités nationales, de dire à coup sûr ce qui fut « gallicisme », « hispanisme » ou (( africanisme ». La comparaison entre le Rhône et l'Euphrate, que j'ai mentionnée plus haut, n'autorise point non plus de conclusion hien solide : la voyageuse a pu voir le Rhône et remarquer l'impétuosité de son cours, sans avoir vécu sur ses bords.

Il n'y a pas de raison décisive d'abaisser jusque vers le milieu du VI* siècle la date de la Peregrinatio '. On a remarqué la rareté relative des sanctuaires de martyrs qui ont attiré son attention : au VP siècle, ils l'eussent sollicitée bien plus souvent. Le terminus post quem est fourni par le § xx, 12 : à une question de la pèlerine, qui voudrait visiter le pays où a vécu Tharé (cf. Genèse, xi, 28), l'évêque à qui elle s'adresse lui fait observer que les villes de Nisibis et de liur ne sont pas accessibles aux Romains, cette région étant au pouvoir des Perses. Or la domination persane s'étendit sur la contrée à partir de 363 : après la mort de l'empereur Julien (26 juin 363), Jovien fut contraint de céder à Sapor, en échange d'une paix de trente ans, les cinq provinces transtigritanes -. Le terminus ante quem est plus douteux : vEtheria écrit (xix, 2) :

I. C'est la thèse de Meister (Rh.M., LXIV [1909], 3a7-39a), réfutée par Deconinck. (R.B., 1910, p. 432-445), Baumstark. (Oriens Christ., I (1911I. p. 3i-86), Weigand (Byz. Zeilscli., 191 1, p. i-a6), Delehaye (A.B., XXXI {i9ia],p. 346).

a. Ammien-Marcellin, XXV, n.

5o8 LES PÈLERINAGES EN TERRE-SAINTE

(( Peruenimus Edessam. Ubi cum peruenissemus, statim perreximus ad ecclesiam et ad martyrium sancti Thomae. » On dirait à première vue qu'elle distingue d'une part l'église, d'autre part le tombeau de l'Apôtre. Or nous savons que les reliques de saint Thomas furent transportées en Sg/i dans l'église même. Mais il n'est pas sûr que le et soit « disjonctif » '. Quoi qu'il en soit, un certain nombre d'indices, spécialement d'ordre liturgique, conseillent fortement de placer la Peregrinatio vers la fin du IV^ siècle.

Ce serait sortir de notre cadre que d'examiner ici les autres récits de pèlerinages que les siècles suivants, du Y* au VHP, nous ont légués. Mais il est permis du moins de marquer l'importance de ces itinéraires, et d'une façon générale des voyages en Terre-Sainte, au point de vue de l'histoire de la civilisation. Ils ont élargi pour l'Occident les perspectives géographiques et historiques qui tendaient à se rétrécir, du fait de la rupture de la grande unité romaine. Ils ont préparé de loin le magnifique mouvement des croisades. Le culte des reliques, la liturgie ont subi l'impulsion des usages orientaux, spécialement de ceux de l'Eglise de Jérusalem. Mainte légende (comme celle du Graal) eut la même origine. Et il n'est pas jusqu'à l'art monumental, iconographique, décoratif du moyen-âge qui ne décèle des influences syriaques et palestiniennes.

Sulpice-Sévère collabora puissamment, lui aussi, à

1. V. en effet p. 65, L ao-aa, et p. 70, i, deux passages qui fournissent des parallèles significatifs.

SULPICE-SEVERE bog

développer en Occident le goût de l'ascétisme. Il était originaire d'Aquitaine '. Né vers 36o, de parents chrétiens, étudiant à Bordeaux, avocat renommé, un riche mariage qui l'avait fait entrer dans une famille consulaire semblait lui apporter toutes les chances de bonheur, quand sa jeune femme mourut. Dès lors Sulpice-Sévère résolut de se tourner vers une vie de i^iété et de renoncement. L'exemple de son ami de prédilection, Paulin, — le futur Paulin de Noie — , l'encourageait, au cours de celte crise de conscience, et son vœu était également favorisé par sa belle-mère Bassula, dont il était aimé tendrement. Il vécut pendant quelques années dans le voisinage d'Elusa (= Eauze) en Aquitaine, et aussi à Toulouse et à Elusio (= Font d'Alzonne) en Narbonnaise. La réputation de saint Martin lui donna un vif désir de connaître l'illustre évêque. Il se rendit à Tours en 896 avec l'arrière-pensée, qu'il avoua plus tard, de se faire un jour son biographe ^ Depuis lors il ne manqua plus, affîrme-t-il, de le visiter régulièrement, jusqu'à deux fois dans la même année. L'influence de Martin paracheva le travail qui se faisait en son âme. D'autre part, les lettres de Paulin l'exhortaient de loin à accomplir jusqu'au bout son sacrifice. Sulpice avait vendu déjà une partie de ses biens, mais la pauvreté lui faisait peur '. Il ne réalisa qu'en 899 son projet de rompre avec le monde, soulevant ainsi un scandale presque aussi vif que celui que Paulin avait naguère déchaîné. Paulin le détourna de répondre aux incri minations de ses détracteurs *.

Page 1