II. Sailli Marlin de Tours, Paris, s. d., p. 1/I
SULPICE-SÉVÈRE ET SAINT MARTIN 5l3
vie de saint Martin, écrit Babut, est une véritable anthologie de faits merveilleux de provenances diverses, que Sulpice a mis arbitrairement au compte de son personnage. » Les mœurs littéraires du temps autorisaient, il est vrai, une large part de fiction dans ce genre de récits, mais Sulpice aurait quelque peu abusé du droit au mendaclam, alors concédé aux « arétalogues » ou narrateurs de miracles. La conclusion de E.-Ch. Babut est que nous ne savons à peu près rien du véritable caractère et du rôle authentique de saint Martin ; qu'il dut être un assez pauvre homme, de réputation fort contestée dans la seconde partie de sa vie ; et que les historiens, trop férus des écrits de Sulpice-Sévère, ont naïvement donné dans le « sophisme du document », lequel « consiste à présumer, aux époques dont on n'a conservé que peu de textes, que les hommes et les faits ont eu dans l'histoire réelle la même importance que dans l'histoire écrite ». Pour apprécier équitablement la thèse de Babut, il faut relire l'œuvre de Sulpice-Sévère. Il en reste une impression assez équivoque. Le talent littéraire de Sulpice est hors de cause. Peut-être même Babut a-t-il eu tort de contester comme il l'a fait son information, puisqu'il admet que Sulpice a pu rester à tout le moins u quelques mois » auprès de Martin (p. 60). Ce qui inquiète davantage, ce sont, parmi tant de récits bizarres et d'épisodes parfois burlesques ou même scatologiques ', ces certificats de véracité que Sulpice se décerne à lui-même. S'il avait la conscience tranquille, éprouverait-il ce besoin de jurer à tout propos qu'il dit vrai ? En fait Babut a montré dans un fort bon chapitre (p. 78 et s.) comment Sulpice a plus d'une