SULPICE-SÉVÈRE
fois enrichi sa narration en démarquant des Vies antérieures ou en exploitant des thèmes traditionnels. Gela ne dénote pas chez lui un scrupule d'exactitude aussi éveillé qu'il voudrait le faire croire. Depuis la iameuse Vie d'Antoine, par Athanase, il était entendu que toute biographie chrétienne devait être une sorte 'F « épopée de miracles * ». D'ovi la nécessité pour le biographe de puiser de toutes mains pour grossir le nombre de ces uirtutes. Crédulité sans bornes, ou désir secret de se divertir aux dépens de son lecteur, on se demande plus d'une fois laquelle de ces deux dispositions il faut soupçonner chez Sulpice. Bahut, iii'est pas le premier critique qui ait élevé des doutes sur sa parfaite ingénuité, mais il a apporté des raisons nouvelles de se méfier de lui, et l'on conviendra après l'avoir lu que d'écrire une vie véritablement historique de saint Martin est chose difficile en l'état de nos sources.
N'en concluons pas, comme le fait Babut, que saint Martin n'ait été daiis la réalité de l'histoire qu'un personnage sans envergure. S'il n'avait laissé en Gaule aucun souvenir profond, aucune trace lumineuse, l'œuvre de Sulpice-Sévère, quelque enthousiaste, quelque habile qu'elle fût, aurait-elle suffi à le promouvoir à de telles destinées ? Cela ne laisse pas que de faire difficulté.
Babut attache une grande importance à ce fait qu'en dehors de Sulpice et de Paulin de Noie, à l'exception aussi de l'épitaphe viennoise de Fœdula (qui dut être gravée entre /iio et klxo), le nom de Martin n'est pas mentionné dans la littérature gauloise de la j)remière moitié du V siècle. Il en conclut que l'évê-