‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 328 sur 460 · Ep. cxxvi · texte numérisé non relu

Ep. cxxvi

en même temps que la foi de certains en éprouvait quelque ébranlement, le paganisme, brimé par les lois, mais toujours vivant et grondant en bien des cœurs, renouvelait le grief séculaire qui attribuait tous les malheurs de l'Empire à la colère des dieux outragés ou méconnus '. « Ah ! si l'on sacrifiait encore ! Si on immolait aux dieux comme autrefois ! Nous n'aurions pas vu venir les maux dont nous souffrons, ou ils seraient finis déjà'. » « Le corps de saint Pierre est à Rome, murmurent les gens, le corps de saint Paul est à Rome, le corps de Laurent gît à Rome, les corps de tant d'autres saints martyrs gisent à Rome, et Rome est misérable... Où sont donc les memoriae apostoloram? ^ » Tels étaient les propos qu'on entendait en Afrique.

Voilà sous quelles impressions lugubres s'ouvrait le V* siècle. Encore ignorait-on à quelle suite de maux était promise la civilisation occidentale. Jamais l'humanité n'avait eu plus besoin d'un consolateur, d'un guide, capable d'élever les âmes au-dessus des misères matérielles et morales, et de leur apporter le viril réconfort du Sursam corda.

(( De son Afrique lointaine, a écrit Mgr Duchesne,

1. V. le Carmen de Prouidentia (P.L., LI, 6i7-638), composé vers 4i5 dans le midi de la Gaule. Traduction dans Poizat, Les poètes chrétiens, Lyon, p. 291 (reprod. par dom Leclercq, les Martyrs, III [1904], p. 3i3).

a. « Non enim desunt quorundam uoces titillantes aures ecclesiae dicentium : O si sacrificaretur ! G si diis immolarentur solila I Quoniaro aut non uenissent, aut iam finirentur ista quae patimur mala. » Ces lignes sont extraites d'un sermon de Tempore barbarico que l'éditeur des Tractatus de saint Augustin, publiés en 1917, dom Morin, attribue à Quoduultdeus.

3. Saint Augustin, Serm. ccxcvi, 6; cf. cxi ; cxxxvi, i ; cv, 12.

l'ame d'augustin 523

Augustin rayonna sur toute la chrétienté. Aux hommes de son temps, il dit toutes les paroles utiles. U sut leur expliquer leurs âmes, les consoler des malheurs du monde, guider leurs pensées à travers les mystères. A tous il fut aimable. Par lui les fanatiques furent apaisés, les ignorants éclairés, les penseurs maintenus dans la tradition. Il a enseigné tout le moyen-âge. Maintenant encore, après l'inévitable déchet d'une si longue durée, il demeure la grande autorité théologique. C'est surtout par lui que nous communiquons avec l'antiquité chrétienne. A certains égards, il est de tous les temps. Son âme — et quelle âme ! — a passé en ses écrits ; elle y vit encore : sur telle de ses pages, il tombera toujours des larmes *... »

Théologien, philosophe, moraliste, jouteur infatigable, c'est en effet par sa sensibilité exquise que saint Augustin est resté le contemporain des générations. Qui ne se rappelle la méditation de la mère et du fils dans la discrète maison d'Ostie, l'intime tendresse de ces cœurs aimants, longtemps séparés par « le tumulte de la chair » et qui s'unissent, à la veille du jour où Monique va mourir, pour rêver délicieusement ensemble aux choses éternelles, sans plus former d'autre vœu que de goûter au ciel une béatitude pareille à celle-là {ut talis sit sempiterna alla quale fait hoc momentum intellegentiae cui suspiraaimus ■■)? Nul converti n'a su prier comme Augustin, avec tant d'humilité, de componction, un tel remords des prisca Jlagitia, une telle stupeur que Dieu ne l'ait point damné pour sa longue ingratitude '. Il ne veut plus aimer que

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