I. Ep. cxLiii, a
LES SOURCES DE l'hISTOIRE DE SA VIE 627
uniquement la règle de sa pensée. Les Rétractations sont, au total, un erratum théologique et un très précieux catalogue descriptif. — Enfin les Confessions , si goûtées dès leur apparition *, et qui restent le livre le plus émouvant de l'antiquité, en tant qu'histoire intérieure d'une âme ^ Ces « aveux », ce n'est point, comme J.-J. Rousseau, pour se justifier aux yeux de la postérité qu'Augustin les articule, ni pour la forcer à convenir que nul homme ne fut meilleur que lui. Tout pénétré du remords de ses fautes, s'il se décide à en rappeler le souvenir, c'est qu'il veut faire apparaître en son propre cas les merveilleux effets de la grâce divine. En considérant de quel abîme Augustin fut tiré, tout pécheur se sentira encouragé à mériter par ses efforts sa propre rédemption. Augustin « confesse » donc à la fois ses déchéances et la gloire de Dieu. De ce document, on a souvent suspecté l'entière exactitude. A y comparer les ouvrages presque contemporains de la crise finale qui y est racontée, on s'est demandé si Augustin n'aurait pas inconsciemment projeté sur son passé certaines dispositions d'âme chronologiquement postérieures à la phase à laquelle il les rapporte. Une semblable illusion n'aurait rien que d'assez naturel. Nous verrons pourtant si la différence de ton entre les Confessions et les ouvrages d'Augustin catéchumène ne s'explique pas par des raisons fort simples, et s'il y a lieu de substituer au témoignage qu'il porte sur son évolution morale et religieuse des conjectures beaucoup moins autorisées.