‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 342 sur 460 · VIII, XII · texte numérisé non relu

VIII, XII

6. De uicina doino. Knoll a eu la maladresse d'accepter la leçon dediuina domo, sur l'autorité d'un seul ms., le Sessorianus, du vii'/viii* s.

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(( Toile, lege; toile, lege : prends et lis )i ; la Bible ouverte au hasard, et les yeux d'Augustin tombant sur le verset de VÉpitre aux Romains où saint Paul invite les fidèles à renoncer aux voluptés et à « revêtir Jésus-Christ )> ; toutes les ténèbres dissipées et la sécurité venant inonder délicieusement son cœur...

Augustin ne reçut le baptême que huit mois plus tard, le 24 avril 887. Dans l'intervalle, il se retira dans une propriété sise à Cassiciacum, non loin de Milan, que son ami. le grammairien Verecundus, avait mise à sa disposition, et il y resta jusqu'au début du carême de 387. Il avait besoin de repos moral ; de plus, il souffrait de la poitrine. Il partageait cette retraite studieuse avec sa mère Monique, son frère Navigius, son fils Adéodat, et quelques amis, parmi lesquels Alypius et Romanianus. Le contra Academicos, le de Vita beata, le de Ordine sont sortis des discussions philosophiques qui constituaient le divertissement préféré de la docte et pieuse société dont s'était entouré Augustin. Un sténographe les recueillait, et les transcriptions, revues et retouchées par Augustin, qui les adaptait au tour cicéronien, ont formé la matière de ces « dialogues », dont on ne peut dire qu'ils soient fictifs, puisqu'ils reproduisent plus ou moins fidèlement des conversations authentiques.

Des critiques se sont étonnés de ne pas y retrouver les traces de la tourmente morale qui se déchaîne à travers les derniers chapitres des Confessions. Le calme paisible de ces entretiens métaphysiques les scandalise. Comme si, au lendemain de cette victoire durement achetée, une sorte de détente n'avait pas dû se faire dans l'âme d'Augustin; et comme si, dans ces opuscules mêmes dont le ton tranquille étonne, on ne pou-

vait repérer ici et là les traces d'une vie intime, de dévotion et de larmes secrètes, à laquelle ses compagnons n'étaient nullement initiés*!

Quelques mois après son baptême, il songea à retourner avec les siens en x\frique. Mais sa mère mourut pendant le voyage, à Ostie (automne 887) . Dans la douleur immense qu'il ressentit, Augustin put se dire que du moins elle avait joui, en ses derniers jours, du rêve de toute sa vie si pleinement réalisé.

C'est ici que s'arrête le récit, à proprement parler, des Confessions . Augustin aurait pu poursuivre plus longtemps l'histoire de sa vie, de 388 à 898, date approximative de la rédaction de l'ouvrage. Mais il n'avait voulu que raconter les treize années d'éparpillement et d'incertitude où il quêtait la vérité, trouvée et chérie désormais. Certes, le développement de sa pensée n'était point clos ; elle restera sans cesse active et vibrante, avec une forte tendance à l'élimination de tous les éléments non spécifiquement chrétiens dont elle s'était nourrie d'abord : dès 386, l'orientation en était fixée, et cela seul importait aux yeux d'Augustin. Aussi les trois derniers livres des Confessions ne sont-ils plus guère faits que de mysticisme et de philosophie.

I. Voy. surtout de Ordine,l, m, 6 ; I, viii, 22 ; I, x, 29. Il espérait que la philosophie l'aiderait à comprendre ce que déjà il avait cru (C. Acad. III, XX, 43). Dans une lettre à Nébridius (Ep. iv, a), qui doit être de cette époque, il constate avec quelque surprise le besoin qu'il avait de raisonner, dans les moments mêmes où il sentait le plus vivement sa foi.

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Après un court séjour à Carthage, il se retira à Thagaste et y resta trois ans (SSS-Sgi) dans une laborieuse méditation, à laquelle s'associaient ses amis. Il projetait une sorte d'encyclopédie des « arts libéraux », grammaire, logique, rhétorique, musique, géométrie, arithmétique, philosophie (au lieu et place de l'astronomie) : il n'en réalisa que quelques parties. Le dialogue sur la musique, divers autres fragments, sont venus jusqu'à nous. Il commença aussi ses polémiques contre les manichéens : tout proche encore des erreurs où il était resté si longtemps impliqué, c'est d'elles qu'il voulait avant tout préserver les esprits. Pour mieux marquer son renoncement à ses ambitions de naguère, il vendit son petit héritage et en distribua aux pauvres le profit. Il avait dit adieu, selon sa propre expression, à toutes les espérances du siècle '. Il aurait voulu établir un monastère, et y vivre dans la piété, le travail et l'amitié. Son élévation au sacerdoce, en 891, fut tout improvisée. Il était venu à Hippo Reglus (Hippone), dans l'espérance d'y gagner une âme qui semblait prête à s'offrir à Dieu ; il se trouva que le vieil évêque Valerius, éprouvant un vif désir d'être aidé pour la parole publique par un prêtre coadjuteur, s'en ouvrit à son peuple à ce moment. L'acclamation de tous désigna aussitôt Augustin. Celui-ci reçut la prêtrise avec une humilité inquiète, demanda à Valerius un congé de quelques mois pour approfondir les Ecritures qu'il allait être obligé d'enseigner, puis revint se mettre à la tâche , L'évêque lui céda un jardin auprès de l'église, et, réalisant à demi son projet personnel, Augustin y fonda une sorte de communauté où se groupèrent ses

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