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LA CITÉ DE DIEU

rement. D'abord la composition est beaucoup trop lâche pour le goût moderne. Augustin avait un plan : il l'a résumé dans ses Rétraclations, II, xliii, et au cours même de la Cité de Dieu on le voit préoccupé d'en marquer les articulations (cf. II, i; III, i; IV, i et II ; VI, i; IX, i ; XI, i; XVIII, i; XIX, i). Mais il n'était nullement pressé d'aboutir, et, désireux avant tout de donner la paix aux esprits, il aborde au passage toutes les questions dont il sait ses contemporains préoccupés. Ces digressions ont leur intérêt : à la longue, elles deviennent quelque peu fatigantes.

Ce qui est bien plus déconcertant encore, c'est l'imprécision apparente de la notion de « cité », qui flotte entre ciel et terre, sans quon discerne parfois s'il faut lui attribuer une valeur purement métaphysique ou si on doit l'entendre au sens réaliste.

Dès le début de l'ouvrage, Augustin emploie les mots cité de Dieu, cité terrestre. Il ne prend pas la peine d'excuser la nouveauté de l'expression, ce qu'il n'eût pas manqué de faire si elle eût risqué de déconcerter son public. Il faut donc chercher les antécédents de ce concept de « cité ». On en trouve d'assez frappants chez Platon (en particulier Leg., p. 7x8 A), chez les Stoïciens (d'après Clément d'Alex., Strom., IV, xxvi), de moins caractérisés chezPhilon, Sénèque, Plotin. En réalité, c'est la Bible qui avait familiarisé les lecteurs chrétiens avec l'idée de la « cité » divine. Au début du livre XI, Augustin se réfère expressément à l'Écriture ; il cite le Psaume lxxxvi, 3 : « Gloriosa dicta sunt de te, ciuitas Dei », et aussi les Ps. XLvii, 2, 3, 9 ; XLV, 5 et s. L'auteur de VÉpîire aux Hébreux avait fait allusion à la nôXiq promise par Dieu aux hommes de foi (xi, 10, 16 ; xii, 22 ; xm, i4). Pareillement ri4poca/ypse, m, 12; xxi, 2. L'image était

donc traditionnelle. Or le donatiste Tyconius, dont Augustin appréciait hautement la pénétration exégétique, s'en était emparé et lui avait donné un vigoureux relief dans son Commentaire sur l'Apocalypse, rédigé peu avant 38o. Il y marquait en ces termes l'opposition entre la ciuilas Del et la ciuitas diaholi : <( Hae duae ciuitates, una mundo et una desiderat servire Ghristo : una in hoc mundo regnum cupit tenere, et una ab hoc mundo fugere... Hae utraeque ita laborant in unum, una ut habeat unde damnetur, altéra ut habeat unde saluetur. » Augustin fut frappé de ce parallèle et l'enregistra dans sa mémoire. Il l'utilisa dans le de Catech. rudibus, § 3i et 87, dans le de Vera Religione, § 5o, dans VEnarr. in Ps. lxi et lxiv, et dans Vin Ps. cxxxvi : puis il le développa avec l'ampleur qu'on sait dans le de Ciuitate Del.

Qu'est-ce donc que la « cité », dans la conception d'Augustin ? C'est en premier lieu le groupement toujours renouvelé des hommes qui règlent leur vie, soit selon la volonté divine, soit selon des maximes purement mondaines et presque toujours dépravées. « Quod (genus hominum) in duo gênera distribuimus, unum eorum, qui secundum hominem, alterum eorum, qui secundum Deum uiuunt ; quas ellam MYSTicE appellamus clvitates daas... » (XV, i). Ces deux cités, ainsi envisagées sous leur aspect mystique, symbolique, sont mêlées, enchevêtrées ici-bas, « perplexae in hoc saeculo inuicemque permixtae » (I, xxxv), jusqu'à la discrimination du jugement dernier. — D'autre part, pour composer l'image de chacune d'elles, Augustin emprunte de nombreux traits aux réalités historiques du passé et du présent. La cité terrestre, c'était bien la socieias iniproborum, mais c'est aussi l'État païen, en tant qu'il manque, par la défaillance

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