LE DE DOCTRINA GHRISTIANA
plus récemment encore dom De Briiyne {Rev. Dénéd., XXX [igiS], p. 29431 4), ont voulu identifier Vllala avec la version de saint Jérôme. C'était déjà au VIP siècle l'interprétation d'Isidore de Séville {Etym., VI, iv). Elle soulève de si grosses difficultés qu'il faut l'écarter délibérément'.
Vltala, comme son nom l'indique, ne pouvait être qu'une version usitée dans le « diocèse » politique de l'Italie, qui, à l'époque d'Augustin, comprenait Vérone, Aquilée, Brescia, Ravenne et Milan ^ Du moment que saint Augustin l'oppose aux autres traductions qui couraient en grand nombre (a lalinorum interprelum infinita varietas » , écrit-il dans le de Docir. chr., II, xvi), il est tout à fait irrationnel d'attribuer globalement ce nom dltala aux traductions latines antérieures à saint Jérôme, et c'est une désignation fautive à laquelle il faudrait enfin renoncer \
Pour l'interprétation de l'Ecriture, toutes les ressources des sciences profanes, à l'exception de celles qui confinent à la superstition, ne seront pas de trop. Toutefois Augustin tient à marquer que la Bible dépasse et, en une certaine mesure, remplace tous les autres livres : u Nam quidquid homo extra didicerit,
1. Voy. Cavallera, dans B.L.E., 1915/6, p. 4i6 et s., et W. Ruting, Unters. iiber Auguslins Quaestiones a. Locutiones in Heptateucham, Paderborn, 1916, p. 36o-366.
2. L'adjectif italus est de la langue poétique. Mais les prosateurs de l'époque impériale l'emploient assez fréquemment, au lieu d'italicus(\.g. Pline, Hist. Nat., III, nv ; Arnobe, Adu.JSat., II, lxxiii ; saint Augustin, Cité de Dieu, III, xxvi, etc.). Cf. Sittl, dans A.L.L., XI (1900), p. 124; WôLFFLiN, dans S.B.M., iSgS, I, p. 266.
3. La Commission du Thésaurus linguae latinae de Berlin l'a incorporée à son système de références. Wolfflin avait pourtant signalé dès 1898 les inconvénients qu'elle offrait (S.B.M.. 1898, I, p. 273).
si noxium est, ibi damnatur ; si utile est, ibi inuenitur '. »
Au livre III, il indique avec beaucoup de minutie les façons diverses de résoudre les difficultés qui résultent, soit de la lettre même des Ecritures, soit du sens apparent de certains passages déconcertants pour la morale. L'exégèse allégorique rendra, en ce dernier cas, de bons services *. Nulle interprétation qui aboutira à la caritas Dei et proximi ne pourra être tout à fait erronée ^ Il conseille l'emploi des sept règles du donatiste Tyconius, excellentes en dépit de l'hétérodoxie partielle de leur auteur *.
Le livre IV est fort important au point de vue des idées littéraires de saint Augustin ^ Il y recommande nettement au docteur chrétien l'étude de la rhétorique. Du moment qu'il y a une technique de l'éloquence, il faut se l'assimiler sous peine de desservir les intérêts de la vérité en la défendant moins habilement que celui qui la combat. Instruire, plaire, toucher, voilà pour Augustin comme pour Cicéron le but de l'éloquence. Seulement ses exemples, c'est chez saint Paul, chez les prophètes qu'il les va chercher. L'Ecriture offre selon lui des spécimens de toutes les variétés de style. Il est loisible de suivre les modèles qu'elle offre, ou que proposent les meilleurs écrivains chrétiens comme saint Cyprien ou saint Ambroise. Mais la règle qui domine toute présentation des vérités de la foi, c'est la clarté : les susceptibilités du bien-