II. Hist. persec, I, m, ii
5. Les Bénédictins ont distingué 363 sermons authentiques, 3i douteux, 3i7 apocryphes. Us divisent les sermons authentiques en quatre classes : sermones de scripturis {i-\8S) ; s. de tempore(= fêtes liturgiques: 184-172); s. de sanctis (ayS-S/io); s. de diuersis (34i-363). Le plus ancien sermon que l'on puisse dater est le n° ai 4, de 391 ; le plus récent, le sermon 345, postérieur à 428 [cf. P.L., t. XXXV1II-XXX1X[. — Depuis l'édition bénédictine, d'autres sermons ont été publiés par Michel Denis (P.L., XL VI, 8i3-94o); Font.vsi (XLVII, iii3-ii4o); Frangipane (XLVI, gSg-iooi). Dom MoRiN a trouvé dans un manuscrit du ix" siècle, actuellement à Wolfenbûttel (n° 4096), une collection d'homélies parmi lesquelles quarante et une sont inédites. Il en attribue trente-trois à saint Augustin (S. Aarelii Augustini Iractatas siue sermones... edidit G. Morin, Gampoduni et Monaci, 19 17). La collection aurait été formée à l'époque de Césaire d'Arles. Dom Morin avait précédemment publié deux autres sermons authentiques (R.Bén., VII, a6o; 592; Vlll, 417; cf. IX, 178).
L'intérêt qu'offrent ces sermons est très inégal. Beaucoup ne sont faits que de paraphrases de versets bibliques, ovi vacille quelque peu l'attention du lecteur le plus zélé. Cet intérêt se ranime à voir Augustin déployer, pour atteindre chez ses auditeurs la sensibilité intime, source des rénovations, non seulement la force de sa foi profonde, mais aussi la candeur de son humilité. Loin de se mettre au-dessus de ceux qu'il endoctrine, il s'avoue faible comme eux et prend sa part des réprimandes qu'il leur adresse. — La langue dans laquelle il leur parle est curieusement composite. Les procédés de la rhétorique s'y trahissent en plus d'une page : allitérations, métaphores, jeux de mots, etc. ' ; mais ils avoisinent des tours tout populaires, oij déjà s'annoncent certains traits syntactiques des langues romanes : Nunquam Jecit taie Jrigus (jamais il n'a fait un tel froid!); metuo ne ibi uos habeam fatigatos ; muUa habemus dicere uobis, etc.^ Il avait écrit dans le de Doctrina christiana (IV, x) : « Le plus souvent le parler vulgaire {loquendi consuetado imlgaris) est plus utile pour exprimer les choses que la correction du langage des lettrés. » — Il y aurait beaucoup à prendre dans les sermons pour reconstituer la vie africaine au début du V^ siècle, les survivances du paganisme, les relations entre païens et chrétiens, et aussi la fureur des spectacles, l'ardeur sensuelle de ces races auxquelles Augustin essayait inlassablement d'imposer la loi chrétienne, avec ses délicatesses et ses austérités.
I. « Distulit seciirim, dédit securitatem (72, 2). Perpétua et Félicitas, coronis marlyrii décora tae, perpétua felicitale floruerunt », etc. 3. .S'. 25, 3 ; 37, 17 ; ai5, 9.
Nouerim me, nouerimle {Solil., II, i) : connaître Dieu, connaître l'âme humaine, voilà le double objet vers lequel s'est portée, d'un élan sans cesse ravivé, la pensée augustinienne. Saint Augustin est le plus philosophe des Pères de l'Église primitive. Disons mieux : il est, parmi les Pères latins, le seul qui ait eu réellement le génie spéculatif, les dons du penseur. Il a recueilli quelques-unes des sources les plus pures de la philosophie antique, surtout celles du Platonisme ; mais il s'était scruté lui-même d'un regard trop clairvoyant pour ne pas enrichir d'un apport personnel les hautes leçons qu'il captait ainsi.
Au surplus, sa philosophie ne se pique point d'indépendance. Elle s'assujettit résolument à la foi, à l'Église. C'est de plein cœur qu'Augustin accepte l'autorité de la Catholica, et tout l'effort de sa dialectique ne va qu'à la justifier rationnellement et à en faire comprendre le, bienfait à ceux qui ne l'ont pas encore senti. La Bible et l'Église, tels sont pour lui les fondements mêmes de la vérité, et toute construction qui n'y prend pas son point d'appui est ruineuse à ses yeux. Pourtant il aime l'intelligence ; il se défie moins d'elle qu'un saint Hilaire, qu'un saint Ambroisc ; il ne veut pas subir sa foi, mais la penser, en déchiffrer les énigmes — et la vivre.
Les esprits amis de la critique trouvent plus de satisfactions dans l'œuvre de saint Jérôme que dans la sienne. Son humilité même le rend parfois crédule : puis le manichéisme l'avait dégoûté à l'excès
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des minuties de l'exégèse, La raison vigoureuse de Jérôme a plus de défense que celle d'Augustin, plus de résistance à l'inacceptable. Mais quel détachement de soi chez Augustin ! quelle modestie vraie, en dépit de l'admiration dont ses contemporains ne lui ménageaient pas les témoignages ! que d'élans passionnés, que de méditations brûlantes ! 11 est tout charité et tout amour.
Dans une lettre à saint Bernard, Pierre le Vénérable l'appelle maximus post apostolos ecclesiarum instractor. Non que certains de ses enseignements n'aient provoqué, nous Talions voir, d'âpres réactions. Mais sa pensée est devenue comme la substance de la littérature chrétienne ; pendant des siècles elle est restée présente au milieu de toutes les batailles de l'esprit.
Les thèses d'Augustin sur le libre arbitre humain et la prédestination — cette rigueur qui vouait à l'enfer la majorité du genre humain, vraie c pâte de damnation », à l'exception de quelques privilégiés à qai Dieu aurait accordé le don tout gratuit de sa grâce — soulevèrent une vive opposition en divers points du monde chrétien. En Italie et en Sicile, dix-huit évêques renoncèrent à leur siège épiscopal plutôt que de souscrire à la condamnation de Pelage et de Gaelestius, formulée dans la Tractoria du pape Zosime. Le plus irréductible d'entre eux fut Julien d'Eclane, polémiste redoutable par la force de sa logique et la clarté de sa langue '. Déposé, exilé, Julien entama la lutte
I. Cf. A. BRUCS.NER, Julian von Eclanum, dans Ï.U., XV, 3 (1897); id..