CASSIEN
contre Augustin qui, pendant douze ans, se vit obligé de soutenir ses attaques et d'y riposter. Ce n'est que grâce aux nombreuses et larges citations transcrites par Augustin que l'on peut se faire une idée des Quatre livres à Turbantius et des Huit livres à Florus où Julien le combattit. — Les idées de Pelage avaient rencontré aussi quelque faveur en Bretagne. Plusieurs évêques les y propageaient, et leur intégrité morale prêtait beaucoup de crédit à la doctrine dont ils s'étaient constitués les défenseurs. 11 fallut que le pape Célestin envoyât pour les réfuter l'évêque Germanus d'Auxerre, lequel passa la Manche accompagné de saint Loup, évêque de Troyes ^ Malgré l'efficacité des efforts de Germanus, devenu assez vite un personnage de légende parmi les Bretons, les conceptions de Pelage subsistèrent longtemps encore dans son pays d'origine.
Mais c'est surtout dans le sud de la Gaule que l'opposition fut organisée et vigoureuse "-. A Marseille, Jean Cassien (c. 36o-c. 435) prit nettement parti con-
die vier Bûcher Julians von Ed. an Turbantius, B. 1910 ; Batiffol, op. cit., II, Ugo ; Dom Morin, R.Bén., igiS, p. i-ai, voudrait restituer à Julien le commentaire du Pseudo-Rufin sur les prophètes Osée, Joël et Amos (P.L., XXI, 969-1 loA), et souhaite une réédition de ce commentaire d'après le Parisinus lai/iS. Alb. Vaccari lui impute un commentaire sur Job publié en 1897 dans le Spic. Casinense sous le nom du prêtre Philippus (Un commenta a Giobbe di Gialiano di Eclana, Roma, igiô). — Notice sur Julien, dans Gennadius, de Vir. ilL, xlvi.
I. Une lettre de Lupus à Talasius d'Angers figure dans P.L., LVIII, 66.
a. En dehors des noms qui vont être cités, il faut encore retenir ceux de divers écrivains ecclésiastique gaulois du v* siècle, comme Petrus Chrysologus, évêque de Ravenne (433-45o) [sermons, dont beaucoup inauthentiques, dans P.L., LU, i83 et 665] ; Valerianus, abbé de Lérins, évêque de Gemele [homélies et une letlrc, P.L., LU, 691-758] ; l'évêque Maxime [lettre à Théophile d'Alexandrie, cf. dom Morin, R.Bén., XI (iSgi), p. 374] ; Léonce d'Arlef [une lettre au pape Hilaire, écrite en 46i, dans P.L., LVIII, 22-28] ; Ruricius de Limoges [82 lettres en deux livres : P.L., LVIII, 67-124, C.V., XXI, p. 348 et s. (1891, Engelbrecht), et M.G.H., VIII (1887, Krusch)].
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tre Augustin. Son influence était grande. Né en u Scythie » S s'il faut en croire Gennadius, élevé dans un monastère de Bethléem, il avait habité dix ans parmi les moines du delta égyptien et du désert de Nitrie. Ordonné diacre à Constantinople vers 4o4 par saint Jean Chrysostome, puis prêtre à Rome, Cassien avait fondé vers /ii5 deux monastères à Marseille, l'un d'hommes, l'autre de femmes. Ses douze livres de Imtitalis cœnobiovam et de octo principaliam uitiorum remédia'', terminés en 426, détaillaient, avec de nombreux exemples à l'appui, les règles rigoureuses des couvents de Palestine et d'Egypte, et les misères morales auxquelles les moines étaient plus spécialement sujets (parmi ces huit uitia, il signale la « tristesse ))) avec la manière de les guérir. Ses vingt-quatre CoAi/a//ortes (c. 429) ^ en trois parties (i-x ; xi-xvn ; xvni-xxiv) précédées chacune d'une préface *, initiaient le public chrétien à la vie spirituelle des moines. Ces deux ouvrages formaient comme un code du monachisme\ Ils devaient être traduits en grec^ privilège
1. De Vir. ilL, lxu. Il s'agirait de la Dobroudja, d'après Merkle, dans T.Q., 1900, p. 419-441. Voir la discussion de Petschenig, dans C.V., t. XVII, p. un, qui le croit d'origine provençale. Sans doute Gennadius a-t-il voulu parler d'une cité latine de Scylhie, ce qui n'a rien d'extraordinaire.
2. MiGNE (qui reproduit l'édition de Gazet, Douai, 1616), XLIX, 53- 476 ; C.V., t. XVII (1888, Petschemg). Trad. française par Saligny, P. i663, Lyon i685. Étude de Paucrer sur la latinité de Cassien dans les Romanische Forschungen, II (1886), p. 391-448.
3. La conlatio était un exercice fort usité chez les moines. Ceux-ci exposaient leurs difficultés personnelles, de l'ordre intellectuel ou de l'ordre moral, à leur abbé, qui leur suggérait utie solution. Cet usage est déjà prescrit dans la règle de saint Pachôme, pour l'Orient ; et au xii* s. il subsistait encore en Occident.
4. P.L., XLIX, 477-1338; C.V., t. Xlll (1886, Petschenig). Trad. française par Salignt, P. 1667, Lyon 1687 (à l'exclusion de la treizième CoUatio).
5. Herwegen, Beitr. zur Gesch. d. alten Monchtums, Munster i. W. 191a (analyse des règles de Cassien).
6. Témoignage de Piiotius, £.'(6/. 197. Un résumé en grec du de Ins-
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dont j'ai dit déjà le caractère exceptionnel. Enfin le de Fncarnatione Domini contra I\estorlam, en sept livres, composés en 43o, à la prière du futur pape Léon, témoignaient du zèle de Cassien pour l'orthodoxie *. Or cet écrivain rigide, peu favorable à la culture profane*, nourri d'ascétisme et d'études austères, et dont l'influence s'exerçait sur les plus pieuses âmes gauloises, attribuait nettement à la volonté humaine dans «a treizième Collatio (§ viii, ix, xi) l'initiative du bien, la grâce divine venant y ajouter ensuite un incrementum.
Les solitaires de l'île de Lérins (aujourd'hui Saint- Honorat), sur la côte sud-est de la France, n'étaient guère plus favorables aux vues augustiniennes. Fondé par saint Honorât, depuis lors métropolitain d'Arles {426), dans les premières années du V* siècle, le monastère de Lérins était devenu un des foyers de la théologie catholique en Gaule, et une pépinière d'évêques pour ce pays \ Dans son de Laude Eremi *, saint Eucher, le futur évêque de Lyon, qui s'était
Ut. Coen. se trouve dans la Patr. grecque, XXVIII, 849 et s., sous le faux titre d'Epist. ad Castorem. K.-J. Dtovouniotis a publié en igiS, d'après le Cod. BgS d'un monastère des Météores, les Collationes i, 11, vu, vm, en grec.