‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 36 sur 460 · Suétone, Claude, xlii · texte numérisé non relu

Suétone, Claude, xlii

7. Cf. Renan, Origines du Ciir., \i, 34 et s. Nous possédons des poésies

LE GREC, IDIOME MÉDITERRANÉEN 6l

la iiiaiiie de riiellénisme, et Tavaient propagée. Né à Arles entre 70 et 80 de notre ère, le gaulois Favorinus faisait à Rome des conférences en grec, comme un peu plus tard Apulée en fera à Cartilage *, et ses nombreux ouvrages grecs lui valurent les plus grands honneurs. De Suétone, nous connaissons le titre d'une dizaine d"opuscules grecs sur divers sujets d'histoire, d'archéologie, de littérature. Nous voyons Elien qui était né tout près de Rome, à Préneste, et n'avait jamais quitté l'Italie, rédiger ses livres en grec; il passait même pour parler l'attique comme un Athénien autochtone -. Le philosophe stoïcien Cornutus, originaire de Leptis, en Afrique, qui, à Rome même, compta parmi ses élèves Perse et Lucain, composa en latin ses ouvrages de grammaire, mais se servit exclusivement du grec pour ses essais philosophiques. Et combien d'autres exemples pourrait-on citer! C'est seulement dans la seconde moitié du IIP siècle que le recul du grec devient sensible en Occident. Ce recul s'accentuera au lY* siècle, et c'est alors que des hommes comme Rufîn, saint Jérôme, assumeront l'utile mission de traduire à l'usage des Occidentaux les plus notables productions de la pensée grecque chrétienne.

Mais la propagande chrétienne, ayant trouvé ses points d'appui et conquis ses premières recrues surtout parmi les éléments juifs ou pa'iens de langue grecque, avait tout natuiellement usé du grec comme véhicule. Au cœur même de l'Empire, à Rome, le grec fut

grecques d'Hadrien : Antli. Pal., vi, 332: vu, 67^; ix, 17; ix, 137; ix, 387; Kaibel, Epigr. cjr. n° 811; 888"; io>'9.

1. Florides, IV, ivni. Quelques indications sur l'usage du grec en Afrique dans les cercles cultivés. Apologie, X;LX.XXVII; X.CVI11.

2. Philostrate, Vila Sopliist., II, xxxi, i (p. laS, 3 Kayser). — On peut comparer le témoignage d'Aurelius Victor, Epit. x, sur Septime-Sévère, (né à Leiîtis).

longtemps famiiier aux groupes chrétiens K Cest en cette langue que l'auteur de VEpitre aux Romains les avait exhortés. Rossi veut que le service divin y ait été célébré en grec jusqu'à la fin du IIP siècle. Les principaux opuscules chrétiens écrits à Rome au second siècle, tels que la lettre expédiée par saint Clément à l'Eglise de Corinthe au nom de la communauté romaine, le Pasteur d'Hermas, le Dialogue de Caius avec le montaniste Proclus, furent rédigés en grec. Saint Justin, né en Orient, mais qui fit plusieurs séjours à Rome, qui y fonda une école, et devait plus tard y subir le martyre, ne paraît avoir éprouvé aucune tentation d'employer pour ses Apologies un autre idiome que le grec. Lorsque, vers 177, u les serviteurs du Christ résidant à Vienne et à Lyon » adressèrent « à leurs frères d'Asie et de Phrygie ayant la même foi et la même espérance de rédemption » — ce sont les termes dont ils usent au début de leur fameuse lettre — la relation détaillée du martyre et des héroïques souffrances de Sanctus. Blandine et de leurs compagnons, le rédacteur (peut-être saint Irénée, qui allait être élu évêque en remplacement de saint Pothin, mort des coups reçus lors de son arrestation) se servit de la langue grecque pour rédiger son message de victoire et de paix^ Peu d'années plus tard, Irénée, qui, quoique originaire d'Asie, avait fait sa carrière ecclésiastique dans le clergé de Lyon, publiait en grec son grand traité contre les hérésies et ses autres ouvrages. Au début du IIP siècle, saint Ilippolyte, prêtre romain, composa dans la même langue ses

I. Principaux faits groupés par Caspari, Que^/en :ur Gesch. des Taufsymbols, Christiana, 1876, p. 267-/166.

3. Un des martyrs, Sanctus, est présenté, toutefois, comme répondant en lalin au gouverneur (Eusèbe, W. £., V, 1,20; noter aussi i6io!., V, i, 44)

médiocres ouvrages. Il n'est pas jusqu'aux inscriptions gravées sur les tombes des papes Fabianus (j 25o), Lucius (f 254), Eutychianus (f 288). qui n'aient été libellées en grec '.

Ces faits sont significatifs : ils font comprendre pourquoi la littérature chrétienne en langue latine n'est née que plus d'un siècle et demi après la prédication du Christ.

Comme la littérature latine profane, cette littérature latine chrétienne a débuté par des traductions.

(( C'est un événement qui sollicite à bon droit la curiosité de l'érudit et la réflexion du philosophe^ a remarqué Gaston Paris ^ que la façon dont la Bible hébraïque, par le véhicule de la langue latine, a pénétré dans le monde occidental. Ce n'est point par les Juifs qu'elle y fut introduite : l'acte vraiment mémorable de la traduction des livres hébreux en grec, à Alexandrie, qui avait été une des conséquences les plus remarquables de l'hellénisation de l'Orient, ne se renouvela pas pour le latin. Les Juifs si nombreux à Rome dès le temps d'Auguste étaient des Juifs hellénisés : s'ils lisaient la loi et les prophètes, c'était en grec, et les convertis qu'ils faisaient appartenaient à ce monde grec ou semi-grec qui était peut-être à Rome presque aussi abondant que le peuple purement latin. Ce fut dans ce monde que le christianisme, sortant

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