‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 37 sur 460 · Mélanges luiguist · texte numérisé non relu

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des synagogues hellénistes, fît aussi ses premières conquêtes... Bientôt cependant il recruta, à Rome et dans les provinces, des prosélytes qui n'entendaient pas ou qui entendaient mal le grec. On traduisit pour leur usage d'abord sans doute le Nouveau Testament, puis, la doctrine s'étant établie que l'Ancien en était l'introduction et le symbole, les livres mêmes des Juifs. »

Le grec avait beau être la langue cosmopolite et internationale par excellence, il y avait, selon la juste remarque de Gaston Paris, dans les églises chrétiennes d'Occident certains éléments, qtii, variables en importance selon les temps et les lieux, n'avaient du grec qu'une connaissance faible ou nulle. Comment eût-on admis que, pour une part plus ou moins considérable des fidèles, la lettre de la Bible, qui jouait un rôle si important dans la vie chrétienne, qui était lue privément et en public S demeurât lettre morte? La même nécessité qui devait déterminer à des époques diverses l'apparition de traductions syriaques, copies, arméniennes, arabes, etc., de la Bible, imposa de bonne heure la rédaction des versions en latin -. Les origines de la Bible latine sont d'ailleurs fort obscures.

1. L. DucHESNE, Orlg. du culte chrétien, Paris, 1898, p. 106; Harnack, Ueber den privalen Gebraiich der hl Schriften in der alten Kirche (Beiir. :. Einl. in d. Neue Test., VIII [1912]).

2. Divers opuscules étrangers à l'Ancien et au Nouveau Testament, mais spécialement chers à la piété des fidèles, furent, de bonne heure aussi, transposés en latin : par ex. la Didachè (éd. J. Schlecht, Fr.i.B., igoo et 1901), la première Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens (dom MoRiN, dans A. M. II [189/1I), '^ Pasteur d'Hermas {versio uulgata, HiLGEN'i'ELD, L. 1873; la version dite Palatina est de la fin du IV s. [éd. Gehhardt et Harnack, Pair, apostol. op., fasc. 3, L. 1877]), VEpUre de Barnabe (Ueer, Fr.i.B., 1908), divers apocryphes, comme les Acla Pauli (T. U. XXII, 2 [1902]), etc.. Une étude d'ensemble sur la littérature de traduction dans l'antiquité chrétienne serait la bienvenue. Voy. la liste ■dressée par Harnack, A. CL., 883-88/i.

Saint Augustin lui-même n'était guère au fait de l'époque exacte de leur apparition. « On peut dénombrer, écrit-il dans le de Dodrina ("hrisUanaÇll, xi), ceux qui ont tiaduit les Ecritures de l'hébreu en grec : cela est, pour les traducteurs latins, tout à fait impossible. En effet, aux premiers temps de la foi, le premier venu, s'il lui tombait entre les mains un manuscrit et qu'il se crût quelque connaissance des deux langues, se permettait de le traduire. » ((( Qui scripturas ex Hebraea lingua in Graecam uerterunt numerari pos sunt, Latini autcm interprètes nuUo modo. Ut enim cuique primis fidci temporibus in manus uenit codex Graecus et aliquantulum facultatis sibi utriusque linguae habere uidebatur, ausus est interpretari. ») Ce primis fidei temporibus est une indication chronologique un peu vague. Beaucoup de critiques hésitent encore à admettre qu'à la fin du II* siècle ïertullien ait eu déjà à sa disposition une ou plusieurs versions latines partielles ou complètes de la Bible, ou même le nient expressément. En réalité il y a chez Tertullien des textes suffisamment explicites pour qu'on soit en droit de soutenir une opinion contraire ^ Ces textes dé montrent i" que Tertullien traduisait lui-même habituellement ses citations d'après l'original grec; 2''qu'il avait sous les yeux des versions latines ; non qu'elles lui fussent indispensables, mais pour la satisfaction de sa curiosité toujours en éveil.

Les premières traductions durent être faites au cours, du second siècle ; dans quelles conditions, dans quelle contrée, par quelles mains? Autant de questions actuellement insolubles *. L'hypothèse d'une origine africaine

I. Je les ai cités et discutés, B.A.L.A.G., IV (1914), p. sio-ai3.

3. 11 ne deviendra possible d'établir le classement et la généalogie de

est celle qui se recommanderait le plus. Quoi qu'il en soit, ces versions latines devaient se multiplier dans tout l'Occident, jusqu'à la grande revision de saint Jérôme, qui les a d'ailleurs partiellement conservées dans sa propre traduction des livres saints. Plus anciennes que le plus ancien manuscrit grec de la Bible qui nous ait été conservé, elles offrent pour les théologiens un grand intérêt'. Au point de vue littéraire, l'importance en est également considérable. Elles ont largement contribué à façonner l'imagination des écrivains chrétiens, leur langue et leur style. Elles ont été à l'origine d'un puissant travail de création et d'adaptation verbale qui a eu sa répercussion sur toute la littérature chrétienne. On peut même en suivre l'inlluence beaucoup plus loin. (( Les versions préhiéronymiennes, remarque encore G. Paris, ont laissé des traces jusque dans des siècles très postérieurs : le moyen-âge tout entier a cité avec complaisance des prophéties soi-disant messianiques qui ne se trouvent ni dans le texte hébreux ni dans la Yulgate, et qui ne doivent leur existence qu'à des contresens des Septante propagés par leurs anciens traducteurs latins ; et de nos jours encore, on représente l'Enfant Jésus entre un bœuf et un âne à cause d'un passage d'Habacuc (m, 2) qui, traduit par les Septante « au milieu de deux animaux » , signifie en réalité tout autre chose. »

Et que de mots, que d'expressions bibliques, conservées par saint Jérôme dans sa traduction, notre

ces versions qu'après une série de travaux d'approclie dont Heer (Ftoin. Quartalsch. XXIII [1909], p. 218) a tracé assez heureusement les grandes lignes.

I. « Même la version la plus littérale, remarque Bcrkitt, est aussi en un certain sens un commentaire. Beaucoup de nos conceptions théologiques courantes nous sont venues à travers ce canal latin {through this latin Channel). » Jhe old latin and the Itala, p. i.

langue a acceptées, soit par les imitations de nos écrivains, soit par l'intermédiaire des traductions du moyen âge ' ! La Bible latine a été (( un des éléments de Talliage dont est fait le solide métal de la langue française ^ » et l'un des principaux facteurs de notre civilisation occidentale.

Le caractère philologique de ces versions latinef était en étroite correspondance avec les principes que la foi même des rédacteurs ne pouvait manquer de leur imposer. Le respect de l'Eglise primitive pour le grec des Septante égalait celui que lui inspirait le grec des Évangiles. La valeur juridique des textes scripturaires, en toute controverse morale ou dogmatique, exigeait que ce grec de l'Ancien et du Nouveau Testament fût transposé avec le plus d'exactitude et de litralité possible \ — D'autre part, il ne pouvait être question de s'attarder aux scrupules des délicats, aux règles exclusives et dédaigneuses des puristes, dans le choix des mots et des expressions. La raison déterminante de ces entreprises était de rendre les textes sacrés accessibles à ceux qui ne les comprenaient pas, sous leur forme grecque : il eût été peu raisonnable de les effaroucher par un latin trop aristocratique (en admettant que les traducteurs l'eussent eu à leur service), où quantité de nuances leur auraient échappé.

C'était là une façon toute nouvelle de concevoir la traduction. Prenons, comme point de comparaison,

1. Premiers Psautiers français vers iioo ; Bible de PUniversité de Paris, entre uaô et 1260.

a. Trénel, L'Ancien Testament et la langue française du moyen-àge, Paris, 1904, p. 58.

3. Dans VAdv. Marc, II, ix, Tertallien signale l'erreur de certains traducteurs qui, simplement par la substitution maladroite du mot spiritus au mot afflalus, dans Genèse, 11, 7, donnaient prétexte aux hérétiques pour attribuer à « l'Esprit » de Dieu les péchés de l'homme.

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