P.L., LUI, B
572 l'augustinianisme
de Reims, et publié par lui en i6/i3. L'objet du Praedesiinatus est d'attaquer sous une forme détournée et circonspecte, avec toutes sortes d'effusions de respect à l'égard de saint Augustin, la doctrine de la prédestination. Dans le premier livre, l'auteur, soucieux d'attester son orthodoxie personnelle, prélude à l'exposé de r (( hérésie » prédestinatienne en dressant un catalogue hérésiologique plein de légèretés involontaires, d'altérations voulues, d'à-peu-près et de faussetés'. Le second livre présente une défense de ladite hérésie, que le troisième livre réfute. Dom Morin admets en se fondant sur des parallélismes d'expressions et de pensée, que la préface, le premier et le troisième livre sont l'œuvre d'un seul et même écrivain, et que cet écrivain n'est autre qu'Arnobe le Jeune.
Quelque prix qu'il convienne d'attacher aux rapprochements qu'indique dom Morin, une grave difficulté fait hésiter à imputer à Arnobe la responsabilité de tout ce lot d'ouvrages, que dom Morin serait disposé à grossir encore. Comment le semi-pélagien convaincu qui se trahit dans les Commentarii et dans le Praedestinatus a-t-il pu finalement souscrire dans le Conflictas aux thèses augustiniennes ? Dom Morin suppose qu'Arnobe s'est dégagé des idées de Pelage, (( selon que l'action toujours plus nette de l'autorité romaine, qui ne plaisantait pas en pareille matière, lui en faisait voir l'opportunité ». Si une telle évolution s'est réellement produite dans l'esprit d'Arnobe, ce serait un cas intéressant que celui de ce moine,.
I. Voir mes Sources de l'Hist. du Monlanisme, p. cxiv-cxxtii. 3. Etudes, etc., p. 3i5 et s.
LES PARTISANS D'aUGUSTIN b'J^
édulcorant par prudence et discipline Vodiurn théologie uni qu'il avait d'abord si amèrement épanché'.
Certains des admirateurs les plus convaincus de saint Augustin hésitaient à le suivre dans la question de la grâce. C'était, au témoignage de saint Prosper, l'état d'esprit de l'évêque d'Arles, Hilaire^ u homme de grande autorité et fort appliqué aux études spirituelles », qui se réservait expressément sur ce point. Mais saint Augustin ne manquait pas non plus de chauds partisans, tout disposés à entrer en lice à ses côtés : tel, le moine gaulois Leporius', qu'il avait réussi à détourner du pélagianisme dès /4i8 et qui fit un livre pour y raconter son erreur suivie de guérison; tel Aurelius, évêque de Carthage*. Parmi les plus actifs se plaçaient au premier rang deux laïcs. Marins Mercator et Prosper d'Aquitaine.
Marins Mercator était probablement originaire d'Afrique. Dès 4i8 il envoyait de Rome à Augustin deux ouvrages (perdus, semble-t-il) contre les partisans de Pelage et de Caelestius^ Quelques années plus tard,
I. Le travail le plus complet sur Arnobe est celui de dom Morin, Etudes, Textes, etc., p. Sog-SSa. Voir aussi H. Katser, die Schriften des Arnobias Junior, dogmengesck. u. lilt. unters., Gùtersloh, igja; J. Scharnagl, Zur Textesgestaltung des Arnobianischen Conjlictus, dans Wiener Studien, 1916, 2, p. 38a-384.
3, Ep. ccxxv, 9, ad Augustinutn. Sur Hilaire d'Arles, cf. la notice de Gennadius, § lxix. Il avait écrit la Vie d'Honorat, son prédécesseur (P.L., L, 1249-1272). Quelques autres morceaux sont d'attribution douteuse : V. g. le Metrum in Genesin, les Versus in natali Machabaeorum.
3. Libellus emendationis siue satisfactionis ad episcopos Galliae : P.L., XXXI, i3ai-(33o.
II. De damnatione Pelagii atque Caeleslii haereticorum (419) ; P.L., XX, 1009-1014. — Le successeur d'Aurelius, Capreolus (43o-437), réserva son effort contre le nestorianisme : P.L., LUI, 843-858.
5. Cf. la lettre cxciii d'Augustin, à Marius Mercator. On a voulu quelquefois identifier l'un des deux opuscules auxquels saint Augustin fait allusion avec l'Hypomnesticon contra Pelagianos et Caelestianos (P.L., XLV, i6ii-i664).
5']^ l'augustinianisme
vers 429, on le retrouve à Constantinople, toujours actif contre le pélagianisme, et aussi contre le nestorianisme. Sa connaissance du grec lui permit de faire connaître à l'Occident divers opuscules d'hérésiarques comme Théodore de Mopsueste, Nestorius, Proclus, qui, sans lui, ne nous seraient pas parvenus. Il transposa aussi en latin les écrits de polémique de Nestorius contre le pélagianisme, de saint Cyrille contre le nestorianisme. Il s'assignait ainsi une tâche assez analogue à celle que Rufin avait si utilement remplie '. Mercator mourut probablement après 45 1.
La personnalité de Prosper, quoique subalterne et d'une docilité trop éperdue, mérite une plus attentive étude.
Né dans le sud de- la Gaule, vers 890, Prosper d'Aquitaine {Tlro Prosper, tel était son nom, d'après les manuscrits de sa Chronique) apprit à connaître le pélagianisme aux environs de 428 dans le de Correctione et gratia, de saint Augustin. Le but de sa vie, l'orientation de son activité lui fut révélée par cette lecture : quoique simple laïc, il se promit de pourchasser le pélagianisme sous toutes ses formes et tous ses déguisements, et de défendre l'illustre évêque d'Hippone contre ses détracteurs. Il ne fit guère autre chose durant une trentaine d'années, soit en prose, soit en vers.
Dès 428 ou 429, il avertissait saint Augustin^ de l'opposition que ses écrits sur la grâce soulevaient dans certains cercles de Marseille qui jugeaient la prédesti-
I. Les fragments de ses traductions sont dans P.L., t. XLVIII. De même ses œuvres personnelles : le Commonitorium super nomine Caelestii (d'abord publié en grec [429], puis en latin [/i3i]); le Commonitorium adu. haer. Pelayii et Caelestii uel etiam scripta laliani (43 1-2) ; la Comparatio dogmatum. Paull Samosateni et Nestorii{h'ii), les Neslorii blasphemiaram capitula (43i)-