‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 374 sur 460 · Préf. du livre III · texte numérisé non relu

Préf. du livre III

584 l'église et les barbares

préoccupations de l'ordre mystique les suggèrent en plus d'un cas àOrose, plutôt que des calculs de l'ordre technique. S'il divise son travail en sept livres, c'est que saint Augustin, dans la Cité de Dieu (XI, xxxi) avait mis en lumière les vertus spéciales de ce nombre sept, total du premier nombre impair et du premier nombre pair, chiffre du jour où Dieu, après la création, se reposa, etc.. Pareillement, s'il admet quatre grands empires, — macédonien au Nord, assyrobabylonien à l'Est, carthaginois au Sud, romain à l'Ouest, — c'est que l'interprétation du songe de Nabuchodonosor par le prophète Daniel (YII, 8-27) favorisait ce classement. Il croit apercevoir de mystérieuses correspondances chronologiques entre les destinées des peuples; par exemple, il s'est écoulé 11 64 ans entre la nouvelle fondation de Babylone par Sémiramis et la conquête de cette ville par les Mèdes ; or il remarque que le même laps sépare la fondation de Rome de sa conquête par Alaric. Ces rapports énigmatiques qui se nouent à travers la multiplicité des événements de l'histoire décèlent à ses yeux l'action constante de la Providence qui en est l'ordonnatrice, et qui règle jusque dans le plus infime détail la marche de l'humanité.

Mais les préoccupations qui l'avaient décidé à entreprendre son travail l'inclinaient aussi à retenir de préférence, dans le passé, des faits d'une espèce particulière. Il s'agissait pour lui de démontrer qu'en dépit de leurs gémissements puérils, ses contemporains n'étaient pas sensiblement plus à plaindre que ceux de n'importe quelle autre époque de l'histoire universelle. II note l'illusion d'imagination ou de sensibilité qui volontiers nous fait croire que nulle infortune n'est pire que celle dont nous souffrons au moment même r

Page 1