‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 375 sur 460 · OROSE · texte numérisé non relu

OROSE

tel un homme qui, démangé la nuit par les puces, jugerait son insomnie plus pénible que celle où une fièvre ardente le tenait récemment encore'. C'est donc aux souffrances des générations, aux duretés de la nature, aux férocités des hommes, que s'attache le plus volontiers Orose, pour en composer un tableau instructif, une sorte de musée des horreurs de l'histoire, devant lequel ses contemporains rougiront de leurs plaintes. — Le présent est-i], d'ailleurs, si aff'reux qu'ils le prétendent? Orose en doute pour sa part, et se range résolument au parti de l'optimisme. Ainsi, après avoir retracé la guerre entre Sparte et Athènes, il observe ceci ^ :

<( On fait peu de cas de ces fléaux qui se sont appesantis sur la Grèce pendant de si longues années. Que le cours de nos plaisirs soit troublé, que nos passions éprouvent quelque gêne, voilà ce qu'on ne supporte plus maintenant. Il y a pourtant, entre ces temps-là et les nôtres, cette différence qu'ils toléraient ces maux intolérables avec un cœur égal, parce qu'ils y étaient nés, qu'ils y avaient vécu et ne connaissaient point un état meilleur, tandis que nos gens, accoutumés de longue date à la sérénité de leur quiétude et de leurs plaisirs, s'émeuvent dès que passe, si léger soitil, un nuage de tracas et de soucis. Plût à Dieu qu'ils priassent Celui qui peut dissiper cette alarme, pour modique qu'elle soit, et à qui ils doivent une continuité de paix ignorée des autres époques ! »

Il note ailleurs \ à propos d'une terrible invasion de sauterelles qui s'était abattue sur l'Afrique durant le consulat de M, Plautius Hypsaeus et de M. Fuluius Flaccus (a. i25 a.C), que jamais le fléau ne s'est reproduit aussi redoutable depuis l'ère chrétienne. Il y a bien encore des incursions de ces insectes, sed tolerabiliter laedant.

t. Préface du livre IV (Z., p. 2o4).

a. I, XXI, 18 (Z., p. 78).

3. V, XI, 6 (p. 3o3). On peut comparer encore IIT, 11, i4 (p. ii5).

586 l'église et les barbares

A l'égard des barbares eux-mêmes, si odieux naguère à un Ambroise, à un Prudence, Orose se sent beaucoup d'indulgence. Certes, il aime la Romania *, il apprécie le bienfait de la civilisation romaine et paraît en croire les bases solides encore. Mais il estime que les barbares sont perfectibles. Ils commettent des horreurs, soit : au moins ne sont-il pas incapables de s'en repentira En somme, sans que sa pensée sur l'avenir de l'hégémonie latine se dégage bien nettement, Orose est déjà à demi résigné aux vicissitudes dont la génération précédente ne pouvait accepter la perspective sans révolte.

Ecrites avec une certaine chaleur d'éloquence, dans une langue où l'imitation des classiques, en particulier de Virgile, a laissé maintes traces, les Histoires d'Orose ont joui au moyen âge d'une large influence. Nous en possédons plus de deux cents manuscrits, dont un Laurentianus du VP siècle. Ce compilateur est devenu à son tour une source, pour le comte Marcellin, pour Jordanis, Bède, Isidore, Grégoire de Tours. Les époques de faible culture préfèrent à tout autre ce genre d'ouvrages. Au surplus, la conception maîtresse de l'œuvre était intéressante : Orose a contribué puissamment à faire de l'histoire chrétienne une province de l'apologétique, en l'employant à décrire Faction de la Providence dans les vicissitudes de l'humanité.

1. Il est un des premiers qui aient employé cette expression dans le style littéraire (IIl, xx, n ; VII, xliii). On la rencontre aussi chez Possidius, Vita Augastini. VI. Elle est plus ancienne en grec. Voy. Gaston Pa.- «is, Met. Unguist., I, p. i8.

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