‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 376 sur 460 · VIIl, XL, lO · texte numérisé non relu

VIIl, XL, lO

Entre l'ouvrage d'Orose, écrit en 417/8 et le de Gubernatione Dei, de Salvien, rédigé entre ^Sg et /i5i, plus de vingt ans s'étaient écoulés. Les progrès des barbares étaient devenus trop évidents, leur force s'était trop brutalement affirmée, pour qu'aucun observateur capable de quelque perspicacité pût conserver le moindre doute sur la déchéance finale de la puissance romaine. Déjà ils tenaient la plus grande partie de la Gaule, l'Espagne, l'Afrique : chaque année les territoires indépendants se rétrécissaient davantage. Devant tant de calamités, les chrétiens eux-mêmes murmuraient véhémentement contre la Providence, qui laissait battre par les envahisseurs ariens ou païens les armées orthodoxes, et semblait se désintéresser du sort de l'Empire chrétien.

Ce fut Salvien qui entreprit de redresser sur ce point les défaillances de l'opinion publique.

Gennadius nous apprend, dans son de Viris illustri' bus, § Lxvn que Salvien était prêtre de l'Eglise de Marseille. Nous avons de lui quelques lettres, neuf exactement ; nous voyons dans la quatrième qu'il s'était marié, fort jeune encore, avec la fille d'un païen, Palladia ; qu'il eut une fille, Auspiciola : qu'ils résolurent, lui et sa femme, quelques années plus tard, d'embrasser l'un et l'autre la vie ascétique, et que les parents de la jeune femme en conçurent tant de dépit qu'ils se brouillèrent avec leurs enfants. D'après certaines indications de ses œuvres, Salvien devait être originaire de Trêves '. Une partie de sa vie se passa à

I. de Gub., VI, xiii, 72 (texte douteux) ; VI, xv, 84 ; VII, vi. a5 ; Ep. i, 5.

588 l'église et les barbares

Lérins, puis à Marseille ; il fit aussi un séjour en Afrique'. Il mourut dans un âge assez avancé ^ Voilà à peu près tout ce que nous savons de lui.

Gennadius cite de Salvien divers ouvrages qui se sont perdus. En dehors des lettres susmentionnées et du de Gubernatione Del, nous n'avons plus qu'un opuscule en 4 livres, intitulé ndaersus Aiiaritiam par Gennadius, ad Ecclesiam par les manuscrits et par Salvien lui-même ', et qui est antérieur au de Gubermdione , puisqu'il y est cité *. Sous le pseudonyme de Timothée, Salvien s'y adresse à ceux qui négligent, à leur lit de mort, de faire présent à l'Église de leurs biens et qui achèvent, par cette suprême avarice, de mettre le sceau aux longues cupidités de leur vie. Selon lui, cette oblation des richesses terrestres au bénéfice de l'Église, pourvu qu'elle soit accomplie avec larmes et componction, est le meilleur moyen d'effacer les fautes passées \ Cette exigence, il l'impose à tous les états, aux laïcs comme aux religieux, et il prétend la justifier par une série de textes scripturaires qu'il oppose aux suggestions d'un bon sens terre à terre, spécialement aux perplexités des parents, inquiets de laisser leurs enfants démunis de toutes ressources.

Une injonction aussi absolue nous induit à nous méfier quelque peu de son jugement et de son esprit critique. Peut-être le de Gubernatione Dei n'est-il point pour annuler cette impression équivoque.

L'ouvrage comprend huit livres, dont le dernier est inachevée Salvien s'en prend d'abord à ceux que

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