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590 l'église et les barbares
« Au point de vue de la vie, des actes, nous sommes plus mauvais que les barbares, tout hérétiques ou païens qu'ils soient. Il n'y a d'exception à faire que pour les religieux (omnes religiosos) et pour quelques laïcs pareils aux religieux (deinde nonnullos etiam saeculares religiosis pares, aut, si id nimis grande est, aliqua lamen religiosis honestorum actuum probitate consimiles). Quant aux autres, tous ou presque tous, ils sont plus coupables que les barbares ' ».
De posséder la loi catholique est, sans doute, un avantage immense, mais encore faut-il s'en rendre digne. « Quod lex bona est, nostrum non est ; quod autem maie uiuimus, nostrum est ^ » A vices ég-aux, la connaissance de cette loi divine ne fait qu'aggraver la responsabilité romaine par rapport à la responsabilité barbare.
Chez les envahisseurs, Salvien admire maintes vertus. Ils s'aiment les uns les autres : « Matuo amant, omnes paene Romani se mutuo persequuntur^ » Aussi voit-on des pauvres, des veuves, des orphelins qui préfèrent s'en aller vivre au milieu des Goths et des Bagaudes, et que ce choix ne déçoit point. — Ils sont chastes, surtout les Goths et les Saxons*. Ils ignorent les impuretés du cirque et du théâtre \ Chez eux, la fornication est un crime, tandis que les Romains s'en font gloire \ Ils ont exterminé, par certaines mesures énergiques, en Afrique spécialement, des horreurs dont les Romains ne rougissaient pas '. « Chose incroyable et inouïe, ils ont réussi à les obliger à la pudeur ^ » — Qu'ils soient hérétiques, il n'y faut point contredire;