VII, cvii
mais cela encore est la faute des Romains. « Etiam ipsae quondam haereses barbarorum de Romano magisterio iluxerunt, ac perinde etiam hoc nostrum crimen est, quod populi barbarorum haeretici esse coeperunt '. »
Comment s'étonner que Dieu leur ait donné l'Aquitaine et presque tout l'empire, puisqu'ils y exercent une œuvre de salubrité - ? Leur rôle est, au total, un rôle purificateur : « Barbari ad emendandam nostrarum turpidinum labém extiteriint^. »
Cette comparaison entre la Romania et la barbarie, toute à l'honneur de celle-ci, marque un nouveau développement de l'évolution esquissée par Orose.. Salvien est déjà plus qu'à demi résigné à la chute de Rome. Certains historiens, comme Hauréau*, lui ont reproché avec colère cette sorte de trahison. Même dans l'aristocratie gallo-romaine, de tels fléchissements n'étaient point rares au V* siècle ^ Au surplus, il faut se garder d'agréer sans réserve les paradoxes enflammés de Salvien : une ou deux générations après la sienne, saint Césaire nous montre au vif la bestialité de ces barbares chers au cœur de Salvien, leur penchant à l'ivresse, à l'homicide, à la luxure. Mais il ne serait pas surprenant qu'avec son éloquence fougueuse, sa verve haute en couleurs, sa tonitruante rhétorique, formée à l'école des Pères plus encore qu'à celle des classiques, Salvien ait contribué à incliner les esprits à l'acceptation du nouvel état de choses qui était en train de se constituer, parmi tant d'angoisses et d'épreuves.