I, 545 et s. ; 579 et s
a. II, 1078 et s.
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vont pas à l'encontre de la foi. Le prestige du Sénat demeure inentamé à ses yeux ; il appelle les sénateurs palcherrima mundi lumina. Il trouve, pour parler des empereurs, des mots de respect et de dévouement. A Julien l'Apostat lui-même il avait su déjà, dans r.4potheosls, rendre une justice équitable :
« Il florissait pendant mon enfance, et je me souviens de lui. Général très courageux, savant législateur, fameux par son éloquence et par sa bravoure, il préféra la religion de ses pères à la véritable religion et fut le zélateur de trois cent mille Dieux. Ce prince, perfide envers Dieu, mais non pas envers Rome {Perfidas ille Deo. quamuis non perfidas Urbi), je l'ai vu courber son auguste tète devant les pieds d'une Minerve d'argile, etc. * »
La vénération de Prudence à l'égard de Rome, sa confiance en ses éternelles destinées, est étroitement solidaire de ses convictions religieuses. Dans la perspective des siècles, Rome lui semble avoir rempli une sorte de mission providentielle. Groupant sous son hégémonie tous les peuples de l'univers, elle a servi puissamment ainsi la propagation du Christianisme :
(( Voulez-vous connaître, ô Romains, la vraie cause de vos travaux, la vraie raison de celte gloire qui a soumis le monde à votre joug? Les peuples parlaient des langages différents, les royaumes avaient des religions diverses : Dieu voulut en faire une société, soumettre les mœurs à l'unité d'un même empire, faire accepter à tous le même joug, afin que la religion put rapprocher les cœurs des hommes ; car il ne peut y avoir d'union digne du Christ, si un seul esprit ne tient rassemblées toutes les nations... Dans toutes les parties du monde, les hommes vivent aujourd'hui comme les concitoyens d'une même ville elles enfantsd'un même foyer. La justice, le forum, le commerce, les arts, les mariages, rapprochent les habitants des plages les plus éloignées : de tant de sangs mêlés se crée une seule race. Tel est le fruit des victoires et des triomphes de l'empire romain : la route a été ainsi préparée pour la venue du Christ, la voie a été construite par une lon-
i. Apoth., liôo et s.
LES POÈMES DIDACTIQUES 6l5
gue paix sous le gouvernement de Rome.... Le monde, ô Christ, vous possède maintenant, le monde ramené à l'unité de la paix Romaine ! ' »
Dans le Peristephanon, II, /i33, il avait placé sur les lèvres du martyr Laurent cette prière :
" O Christ, accordez à vos Romains que leur cité soit chrétienne, elle par qui vous avez donné une même foi à toutes les cités de la terre (per qaam dedisti at ceteris mens una sacroram forel). Que tous les membres dispersés s'unissent sous un même signe I Que l'univers soumis fléchisse, et que fléchisse la ville maîtresse !... Que Romulus devienne fidèle et que Numa lui-même croie en vous ! »
Le patriotisme romain de Prudence est à ce point susceptible qu'il renchérit sur celui de Symmaque. Le poète ne veut pas admettre que les dieux aient été pour rien dans l'élaboration de la grandeur romaine, car on ne saurait élargir leur action qu'en ravalant les exploits des Corvinus et des Fabius (II, 555 et s.). Il proteste contre le pessimisme où Symmaque était tenté de glisser, quand il mettait en valeur certains indices de la colère du ciel contre Rome, oublieuse de ses traditions. Non, jamais l'Empire n'a été si heureux, si florissant ; quant à ceux qui le menacent, quant aux Barbares, il y a plus de différence entre eux et les Romains « qu'entre le quadrupède et le bipède, entre le muet et le parlant, le chrétien et le païen » (II, sa et s.).
Curieux état d'esprit que les faits, maîtres du monde, ne devaient pas tarder à modifier, au sein de l'élite chrétienne. Nous avons déjà suivi cette transfor-
I. II, 58a et s. Comp. les vers de Claudien, de Consul. Stilich., III, i38 : « Haec est in gremium uictos quae sola recepit, | Humanumque genus communi nomine fouit. »
6l6 PRUDENCE
mation chez saint Augustin, chez Orose,chez Salvien. En ces toutes premières années du V^ siècle, avant la ruée barbare, il s'épanouit encore librement, et la véhémence avec laquelle Prudence a su le traduire suffirait à donner au contra Symmacham une exceptionnelle portée historique.
Les combats de l'âme, la lutte qui met aux prises le Christianisme et le Paganisme dans le cœur de l'homme, tel est le sujet de la Psychomachia, sorte d'épopée à intentions apologétiques qui revêt la forme d'une longue allégorie. La préface, en 68 trimètres iambiques, raconte un épisode de l'histoire d'Abraham ; puis le poème, en 916 hexamètres, s'ouvre par une réminiscence virgilienne :
« Christe, graues hominum semper miserate labores*... »
C'est d'abord la Foi qui s'avance :
«... agresti turbida cultu, « Nuda humeros, intonsa comas, exserta lacertos. »
Le premier ennemi qui ose l'attaquer est la ueterum Culture Deorum (v. 29). Mais la foi la terrasse, et la legio uicirix composée de mille martyrs poussent de joyeuses clameurs. D'autres combats mettent aux prises la Pudiciiia avec la Sodomita Libido (v. 4o-io8), la Patience avec la Colère (109-177) ; la Superbia avec l'armée que conduisent l'Humilité et l'Espéraiice (178-309). La Superbia tombe dans un fossé creusé par la Fraus, et l'Humilité lui tranche la tête. — Mais voici venir un ennemi plus redoutable, la Luxuria,
1. Cf. Enéide, VI, 56 : « Phoebe, graues Troiae semper miserate labores. »