‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 394 sur 460 · LES POÈMES DIDACTIQUES · texte numérisé non relu

LES POÈMES DIDACTIQUES

Dans son ensemble, le poème laisse une impression de pédanlisme lourd, qui tient au pastiche presque continuel du style épique de Virgile. Toutes ces abstractions s'invectivent, s'étreignent, se mettent à mal, en répétant les mots et les gestes des héros de VEnéide. Et que d'éloquence dépensée dans ces joutes fictives, où coule un sang trop pâle pour émouvoir! Discours de la Pudicité, de la Colère, de la Patience, de l'Orgueil, de l'Espérance, de la Sobriété, de 1' « Operatio », de la Discorde, de la Concorde, de la Foi : il n'est presque aucun de ces vices ou de ces vertus que le poète ne doue d'une faconde intarissable, interrompant la narration qui reprend ensuite par le Dixerat ou le Haec ubi dicta dédit de la technique virgilienne. — Au surplus, il faudrait ignorer l'esprit du moyenâge pour s'étonner qu'il se soit reconnu dans la Psy~ chomachia et qu'il ait fait de ce poème une de ses lectures favorites. Ses théologiens, ses miniaturistes, ses sculpteurs (les romans plus que les gothiques) y ont cherché bien des fois l'aliment de leur dialectique ou les motifs de leur inspiration '.

Reste enfin le Dittochaeon. Le titre même de l'ouvrage est assez énigmatique : sans doute faut-il le dériver des deux mots grecs bnxbq ôxn = double nourriture, par allusion à l'Ancien Testament et au Nouveau. C'est un recueil de ^9 quatrains en hexamètres destinés à expliquer des tableaux : vingt-quatre ont trait à l'Ancien Testament, vingt-cinq au Nouveau. La peinture et la mosaïque étaient largement employées

I. Voy. MaLE, L'Art relig. au XIII° s. en France, 3* éd., 1910, p. ia4 et s., 100; L. BnÉHiER, L'Arl Chrétien, P. uji8, p. 2o3 et s.

dans les édifices religieux dès le lY^ siècle ' : et volontiers plaçait-on des inscriptions auprès pour les paraphraser à l'usage des fidèles, « ut littera monstret quod manus explicuit », selon l'expression de Paulin de Noie'. Voici le sujet de quelques-unes des œuvres d'art brièvement commentées dans le DUtochaeon, nous ne savons pour quelle église : Adam et Eve; le Chêne de Mambré ; le Tombeau de Sarah ; Joseph reconnu par ses frères ; Moïse recevant la loi ; la Maison de Rahah la Courtisane ; la Captivité d'Israël ; Marie et l'Ange Gabriel; les Anges annonçant la bonne nouvelle aux bergers ; le Massacre des Innocents ; la Résurrection de Lazare ; la Passion du Sauveur ; la Vision de saint Pierre, etc.. L'indication de ces scènes historiques est d'un grand intérêt pour l'étude du développement de l'iconographie chrétienne. ^

A considérer dans son ensemble l'œuvre de Prudence, on ne peut se défendre d'admirer un effort poétique qui transforme l'hymne liturgique en ode chrétienne, tire de l'ample littérature des Actes des Martyrs une riche matière épique et lyrique, met au service de la foi nouvelle la poésie didactique, exploite largement les procédés de l'allégorie. La poésie de Prudence est absolument chrétienne dans son inspiration. On a noté chez lui quelques opinions « parti-

1. Cf. Paulin de Noie, Natale, IX, 5i5-635 ; X, 15-27 < '67-179 ; Ep. xxxii, 17 ; BiRAGHi, Dislicha ad picluras sanclas iii Basilica Ambrosiana, à la suite des Inni sinceri di sanl' Ambrogio, Milan, 1862.

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