PerisL, II
des noms précieux des martyrs se soucie peu des règles de la versification, car, lorsqu'on parle des saints, on ne parle jamais mal ni incorrectement * ». Ce sont là des clichés peu sincères : en fait, il s'est émancipé des formes populaires préférées des poètes chrétiens antérieurs à lui, et il n'est guère qu'Âusone qu'on puisse lui comparer pour la diversité des mètres.
Cette union de la pensée chrétienne avec les formes classiques produit souvent chez Prudence des disparates curieux. Comme les grands Vénitiens du XYP siècle, il mélange bizarrement dans ses compositions des éléments hétérogènes. Il nous montre Sodome détruite avec ses iabularia, son Jorum, ses halneae, ses iempla, ses madidae propinae '\ Aux n.oces de Cana, le Christ change l'eau en Falerne, « Jii falernum iiobile ' ». Le biblique et le romain se mêlent constamment dans ses vers par des anachronismes dont la naïveté n'est point sans saveur.
Au total, il s'en est fallu de peu qu'il ne méritât d'être appelé un grand poète : un peu plus de substance morale, d'originalité dans l'observation psychologique, un sens plus exquis de la mesure, et il eût presque réalisé cet idéal de la fusion des deux « cultures » que les plus lettrés parmi les chrétiens des premiers siècles ont toujours rêvé, sans oser se l'avouer à eux-mêmes.
'( Dans les bourgs, les domaines, les campagnes, les