PAULIN DE PELLA
table nette et bien garnie, des esclaves jeunes et nombreux, un mobilier abondant et propre à différents usages, une argenterie plus précieuse encore par le travail que par le poids, des artistes en tous genres, habiles à exécuter promptement les commandes, des écuries pleines de chevaux bien nourris, et des voitures pour la promenade sûres et élégantes. »
11 avait trente ans, quand les barbares pénétrèrent « dans les entrailles mêmes de l'empire romain ». Il n'eut d'abord qu'à se louer des Goths, qui le gratifièrent d'importantes dignités. Mais, par un fâcheux revirement de fortune, il se vit bientôt dépouillé de ses biens, chassé de son foyer en cendres, assiégé dans Bazas par les Goths et les Alains qu'il sut habilement opposer les uns aux autres. 11 aurait voulu fuir en Orient, où il gardait encore quelques biens. Il n'y put réussir, et d'ailleurs sa femme n'en avait nulle envie. Tant d'épreuves mûrissaient en lui une conver sion qu'il ne paracheva qu'assez tard, vers 46 ans. Encore perdit-il successivement sa .belle-mère, sa mère, sa femme, un de ses fils, déjà prêtre. II vécut chichement des maigres restes de son patrimoine, d'abord à Marseille, puis à Bordeaux. Un Goth eut l'honnêteté de lui remettre l'argent d'un petit domaine qui lui avait autrefois appartenu, le sauvant ainsi d'une trop lamentable vieillesse.
Le récit de cette déchéance progressive, coupé d'actions de grâces à la manière de saint Augustin dans ses Conjessions, est assez attachant, et reflète les incertitudes et les misères de cette époque de dissolution.
Frère de l'évêque de Vienne, en Dauphirié, Claudia-
63o CLAUDIANUS MAMERTUS
nus Mamertus fut prêtre dans cette même ville, où il mourut en /iy/j. « En ce maître, déclare Sidoine Apollinaire dans l'épitaphe qu'il rédigea pour lui, a brillé une triple littérature {triplex bybliotheca) , la romaine, l'attique, la chrétienne... Orateur, dialecticien, poète, sermonnaire, géomètre et musicien, il excella à dénouer les nœuds des questions et à frapper du glaive de la parole les sectaires qui harcèlent la foi catholique... » On sait la générosité que déploie Sidoine quand il loue ses amis. Au surplus, Claudia nus Mamertus n'est point sans mérite. Gennadius ' l'appelle avec raison : « Vir ad loquendum artifex et ad dispulandum subtilis. » Dans son de Statu animae, en trois livres, composé vers /jôg et dédié à Sidoine, il défend la thèse de l'incorporéité de l'âme, — substance sans doute, mais non pas quantitative ni assujettie à la catégorie de l'espace, — contre les spéculations contraires de Faustus de Riez et de Gennadius. Nous avons encore sous son nom deux lettres, adressées l'une à Sidoine Apollinaire, l'autre au rhéteur Sapaudus, de Vienne, où il déplore l'incuriosité intellectuelle de ses contemporains en des termes significatifs * ; plus, quelques poèmes qu'on ne saurait lui attribuer avec certitude ou qu'on doit même lui dénier formel lement. Une mention ajoutée à la notice de Gennadius et qui fait défaut dans la plupart des manuscrits du de Viris illastribus, lui impute le Pange lingaa gloriosi. Mais il paraît certain que c'est Venantius Fortunatus qui est l'auteur de cette hymne fameuse. Sidoine fait allusion par deux fois aux hymnes com-