I. Ep. VII, VII
a. Ep. VUI, m; IX, m; Vaissette, Hisl. du Languedoc, I, 5oi.
temps des premiers humanistes'. Dans les poèmes, il faut distinguer les morceaux d'apparat, et les nugae (pièces de circonstances, lettres en vers, épithalames, etc..) : ses mètres préférés sont l'hexamètre, le vers élégiaque, l'hendécasyllabe. La prosodie y est correcte ; il ne s'octroie que d'assez rares licences. — Quant à ses lettres, c'est lui-même qui, sur la prière de ses amis, en publia le recueil par fragments successifs : le P" livre en 469, le second vers A72 ; les livres V à VII vers 474^75 ; le livre VIII un peu plus tard, et le livre IX vers 479. Une fois évêque, il avait jugé convenable de renoncer aux « frivoles exercices » où il s'était complu jusque-là. « Je crains, déclaret-il, que la réputation du poète ne souille en quelque chose la rigidité du prêtre =. » 11 lui arrive cependant plus d'une fois d'introduire dans ses lettres des morceaux en vers.
L'intérêt fondamental des écrits de Sidoine, c'est d'être des documents d'histoire. Même dans ses pièces les plus artificielles au point de vue de la facture, les historiens et les amateurs de pittoresque trouvent des détails précieux à glaner : ainsi, dans le Panégyrique d'Anthemius le portrait des Huns, dans le Panégyrique de Majorien le portrait des Francs, et tant d'autres esquisses significatives que Chateaubriand, au cours des immenses lectures de sa jeunesse, n'oubliera pas de noter. Sans les lettres et les poèmes de Sidoine, l'histoire politique et sociale de la Gaule, à cette époque, serait pour nous presque vide de faits. Quand, d'aventure, Sidoine se résigne à demeurer simple et à décrire sans ornements surajoutés tel inci-
I. Témoignages dans Babet, op. cit., p. 102-106. a. Ep. IX, III, et IX, xvi, vers 45 et s.
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dent dont il a été le témoin, il est un savoureux et divertissant conteur d'anecdotes '. Ajoutons qu'il a su se faire, en plus d'un cas, l'interprète éloquent du patriotisme gallo-romain : la lettre YII, vu, écrite au moment où l'Auvergne allait être détachée de la Romania, est une noble page qui mérite de ne pas périr. Dévoué à sa province et à son troupeau, fidèle à ses amis, profondément « sociable », le caractère de Sidoine commande la sympathie.
Sidoine nous fait connaître également la vie littéraire dans la Gaule du V* siècle. Il était personnellement fort érudit^ A ses nombreux correspondants ^ poètes, orateurs, philosophes, jurisconsultes, simples lettrés, il prodigue des épithètes si louangeuses qu'à les prendre au sérieux on aurait l'impression d'une immense activité intellectuelle au sein de cette société gallo-romaine. Voici un spécimen de ces aimables hyperboles :
« Quand votre livre, écrit-il à Claudianus Mamertus qui lui avait envoyé son De Statu animae, déploie sa science contre celui qu'il combat, il se montre, en fait de mœurs et d'études, égal aux auteurs de l'une et l'autre langue. Il pense comme Pythagore, il divise comme Socrate, il explique comme Platon, il enveloppe comme Aristote, il flatte comme Eschine, il se passionne comme Démosthène, il est fleuri comme Hortensius, il s'enflamme comme Cethegus, il presse comme Curion, il temporise comme Fabius, il feint comme Crassus, il dissimule comme César, il conseille comme Caton, il dissuade comme Appius, il persuade comme
I. Voir Ep. V, îvu ; I, xi; III, xii (avec l'interprétation de P. Allard sur certains détails souvent mal compris : Saint Sidoine Apoll., p. 75;.
a. Le souvenir de ïibulle, de Silius llaUcus, presque oubliés depuis au moins deux siècles, réapparaît chez lui. L'histoire de la littérature romaine lui doit quelques renseignements intéressants, par exemple sur la femme de Lucain, qui se serait remariée ; sur Sénèque le tragique, qu'il distingue formellement de Sénèque le philosophe {Carm. ix, aSa), etc.
3. On les trouvera énumérés dans Teuffel, 111^, n° 4G6, p. 435.
Tullius ; et, pour en venir à une comparaison avec les saints Pères, il instrviit comme Jérôme, il détruit comme Lactance, il établit comme Augustin, etc.. * »
Défilent ensuite Hilaire, Jean (Chrysostome), Basile, Grégoire, Orose, Rufin, Eusèbe, Eucher, Paulin, Ambroise... Une citation comme celle-là suffit pour fixer l'étiage d'un esprit. Elle avertit aussi de contrôler les fastueuses admirations de Sidoine. On s'aperçoit alors que ces correspondants vantés, tout frottés ou saturés qu'ils soient de littérature, ne dépassent point le niveau de Sidoine lui-même : c'est la même passion touchante pour les choses de l'intelligence, la même insuffisance de critique et de culture profonde \ Sidoine, dans ses moments de clairvoyance, a bien entrevu quelques aspects de cette décadence ^ ; mais il n'a pas réussi à en corriger pour son compte tous les effets.
Là où elle est chez lui le plus sensible, c'est quand il s'évertue à imiter les procédés, les routines, les clichés pseudo-littéraires, dont Juvénal, trois siècles et demi auparavant, se déclarait déjà excédé *. Nous voyons repasser dans ses vers et dans sa prose les apostrophes, les énumérations, les amplifications, les réminiscences érudites, les banalités mythologiques que sa mémoire, accablée de tant de lectures % lui fournit implacablement. Et tout cela s'enchâsse dans une phrase contournée, pénible, souvent obscure à