LE FLÉCHISSEMENT DE LA CULTURE
les publiques, en particulier, se trouvèrent dans plus d'une partie de l'Empire à peu près désorganisées. On les maintint d'abord dans les centres quelque peu florissants et lettrés. Puis elles se raréfièrent et la plupart disparurent. L'enseignement ne fut plus donné, quand il put l'être, que par des maîtres particuliers auxquels les membres de l'aristocratie confiaient leurs enfants. Il y eut encore des individus instruits, quelquefois des groupes, lorsque les circonstances s'y prêtaient ; mais le niveau général de la culture baissa progressivement, cette culture qui ne se transmet que par un effort ininterrompu, et qui apparaît si fragile et si précaire, dès que se désagrègent les cadres indispensables à sa continuité.
Ils eurent quelque mérite, ceux qui essayèrent, au milieu de l'ignorance de tous, de faire œuvre d'écrivains. On ne saurait mieux comprendre qu'en les lisant le prix infini des âges privilégiés où le goût a acquis toute sa finesse et conserve tout son équilibre. C'étaient pourtant des esprits ornés, qui gardaient le culte du beau style et un respect ingénu pour la tradition littéraire qu'ils se flattaient de perpétuer. Ils cherchaient à se défendre des incorrections du langage parlé autour d'eux — deux spécimens cités par M. H. Goelzer dans son beau travail sur saint Avit (p. 2) donnent une suffisante idée de cette corruption croissante. Mais ils semblent déshabitués d'attacher de l'importance au fond des choses, à la pensée elle-même ; ils ne sont attentifs qu'au bien-dire, à l'expression, qu'ils enjolivent à plaisir. Ils veulent faire un sort à chacune de leurs phrases. Rien de plus fade que leurs gentillesses. Au surplus, ils n'innovent guère en matière de style. H. Goelzer et Max Bonnet nous ont appris à reconnaître dans leur manière les