I. Op. cit., p. 713 et s
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rature ne consistait guère qu'à dire des riens en phrases harmonieuses et bien rythmées ou en vers construits selon les recettes virgiliennes. Ses 297 lettres sont d'un tour élégant, et incroyablement vides d'idées, encore que certains de ses correspondants s'appellent Symmaque, Boèce, Hormisdas, etc. Ennodius s'attarde à des exercices scolaires, sur le modèle des antiques controaersiae : « Contre un homme qui a placé une statue de Minerve dans un mauvais lieu » ; « Contre un père qui n'avait pas voulu racheter son fils tombé au pouvoir des pirates, et qui plus tard lui demande de subvenir à ses besoins. » Il pousse l'admiration des classiques jusqu'à imiter dans plusieurs épigrammes la licence d'un Martial. Le chrétien apparaît pourtant dans un certain nombre de morceaux, par exemple une Vie d'Epiphane, évêque de Pavie (relevée de harangues du genre de celles que prêtaient à leurs personnages les historiens anciens) ; une Vie d'Antoine, moine de Lérins, un Eacharisticum de uiia saa, un Libellas en faveur du Synode romain de 5o2, une Paraenesis didascalica, adressée à deux jeunes gens, etc. Encore cette dernière exhortation mélanget-elle bizarrement les points de vue les plus contradic toires : Ennodius recommande à ses jeunes amis les vertus chrétiennes, uerecundia, fides, castilas, mais aussi la pratique assidue des arts libéraux, spécialement de la Rhétorique, qui fait à son gré d'un innocent un coupable, et un coupable d'un innocent !
« Qui noslris seruit studiis, mox imperat orbi. »
Celles de ses productions qui nous sont parvenues paraissent antérieures pour la plupart à son épiscopat. Cela est une excuse peut être. En tous cas, elles
trahissent le caractère superficiel et tout scolaire de la culture dont il t'tait féru, et que, par un divertissant cliché, il faisait semblant parfois de répudier : « Cessent anilium commenta poetarum, fabulosa repudietur antiquitas ! ' » L'étude de sa langue décèle un réel effort vers la correction grammaticale. Il a essayé d'observer de son mieux les règles de la grammaire classique. Mais il ne pouvait réussir dans la gageure de perpétuer les antiques lois du style littéraire latin en un temps où le latin allait se corrompant de plus en plus : des tours « vulgaires » se mêlent bizarrement à sa rhétorique toute traditionnelle.
Ce qu'on voudrait rencontrer parmi tant d'élégances défraîchies et de « figures » conformes aux recettes de l'école, ce serait quelque expression vigoureuse ajustée sur une pensée forte, quelque image jaillie d'une sensation fraîche. Mais son trop de littérature s'interpose entre la réalité et lui ^
Une vie de troubadour errant, guidé par la curiosité, par le goût des beaux spectacles, surtout par la dévotion, à travers les pays d'Occident, et qui paie en
i. Ep. I, II [trad. Léglise, p. 96].
a. On peut rattacher au nom d'Ennodius celui de Rusticus Helpidiu», auteur d'un de Chrisli lesu benejîciis, en i^ hexam. (P.L., LXH, 545-5^8), et de quelques épigramraes destinées à commenter des images bibliques (ibid., 543-566). Le de... beneficiis a été réédité par W. Brandes, Braunschweig 1890. — Un protégé d'Ennodius, Arator, sous-diacre de l'Eglise de Rome, publia vers 544 une paraphrase en vers des Actes des Apôtres (P.L., LXVIII, 63-246) dédiée au pape Vigile. Nouvelle édition par Hiibner, Neisse i85o.
compliments versifiés les bons ofTices de ceux qui l'hébergent: puis cette destinée vagabonde fixée à jamais par la plus fervente, la plus respectueuse, la plus enthousiaste amitié pour une exquise et pieuse femme : — ainsi se résume la carrière de Venantius Honorius Clementianus Fortunatus, qu'on peut considérer comme le dernier représentant de la poésie latine au seuil du moyen âge.
Né à Duplavilis près de Trévise, vers 53o, Fortunat fit ses études à Ravenne, et y reçut quelque teinture de grammaire, de rhétorique et de droit. L'heureuse guérison d'une maladie d'yeux l'achemina vers le tombeau de saint Martin, à qui il attribuait cette cure'. Pour arriver jusqu'à Tours, il ne prit point la route la plus courte : il passa par les Alpes Juliennes, le Norique, la Rhétie, traversa le haut Danube, le Rhin, s'arrêta quelque temps à la cour du roi d'Austrasie, Sigebert, dont il célébra en 566 l'union avec Brunehaut dans un épithalame où il confiait à Vénus et à Cupidon l'éloge et le bonheur des époux. Arrivé au but de son voyage, après deux années de courses aventureuses, « tantôt endormi, fatigué de la marche quand il n'était pas alourdi par le vin* », et une fois son pèlerinage accompli, il poussa encore jusqu'aux Pyrénées, remonta jusqu'à Poitiers, — et là connut Radegonde^
Femme du meurtrier de ses parents, du bourreau de la Thuringe, sa patrie, la reine Radegonde avait fini par obtenir de son mari Clotaire la permission
1. Cf. sa Vila Martini, IV, 689 et s.; Grég. de Tours. De Virl. Mart.,