‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 418 sur 460 · Carm., Pracf., § iv · texte numérisé non relu

Carm., Pracf., § iv

3. Voy. Ja Sainte Radegonde de R. Aigrain (coll. les Saints), P. 1918. Excellent exposé critique.

de se consacrer à la vie monastique. Elle avait fondé dans Poitiers même le monastère de Notre-Dame (dénommé bientôt après monastère de Sainte-Croix), dont elle confia la direction à sa fille spirituelle Agnès. Fort cultivée l'une et l'autre, les deux moniales n'eurent pas de peine à conquérir le poète itinérant, peu habitué sans doute à des attentions aussi délicates que les leurs, et qui trouvait tout en elles, le mystique commerce des âmes, des louanges flatteuses, et jusqu'à d'innocentes gâteries par où elles flattaient savamment certaine gourmandise qui était son péché de prédilection'. Fortunat n'oublia pas l'Italie, mais il céda à l'attrait puissant qui le fixait à Poitiers (567); d'ailleurs son pays était alors envahi parles Lombards. Il devint le" secrétaire de Radegonde, peut-être son chargé d'affaires, agens in rébus, au moins par occasion. Ordonné prêtre, il devait succéder à l'évêque Platon, vers 697, sur le siège épiscopal de Poitiers. Radegonde était morte depuis une dizaine d'années déjà (i3 août 687). Fortunat se fit le premier biographe de l'incomparable femme, gemma Galliae pretiosissima, comme il est dit dans ses litanies.

Son œuvre comprend des Vies de saints, des hymnes, des poésies de circonstance ^

En dehors de la biographie de sainte Radegonde, il écrivit en prose celle de saint Albinus, évêque d'Angers (-]- 55o env.); celle de saint Hilaire de Poitiers

1. Le scandale qu'ont pris quelques critiques, comme J.-J. Ampère, de ces lippées en somme assez frugales fait honneur à leur propre sobriété. — Voir les Carm. xi, xvi et s.

2. 11 n'y a pas de raison sérieuse d'attribuer à sainte Radegonde le poème sur la ruine de la Thuringe et la lettre à Artachis (M. G. H., IV, 371 et 378), ainsi que le proposait Ch. Nisard (Rev. Hislor., i888 [=^ Le poète Fortunat, P. 1890, chap. m]). Cf. E. Ret, Eev. de Pkilol., XXX (190G), p. la/i et s.

(f 367), ainsi qu'un Liber de Virtutibas S. Hilarii ; de saint Germanus de Paris (f 676 env.), de saint Paternus d'Avranclies {-f 565 env.), de saint Marcellus de Paris, de saint Séverin de Bordeaux (-j-482) (cette dernière Vie n'a pas été conservée). Les historiens y puisent beaucoup d'indications intéressantes sur les temps oii vivaient ses héros.

La Vie de saint Martin, dédiée à Grégoire de Tours, avec qui Fortunat s'était lié depuis b']3, ne comprend pas moins de 22^13 hexamètres, en quatre livres. Le poète ne fait guère que broder sur le canevas fourni par Sulpice-Sévère et Paulin de Périgueux* : aussi put-il achever son poème en deux mois.

Incorporées partiellement à la liturgie catholique, ses hymnes ne sont pas le titre le moins assuré de sa modeste gloire, qu'eût garantie peu efficacement la médiocrité de ses autres compositions. Fortunat est l'auteur de VAgnoscat omne caelum et du Vexilla régis prodeunt, en dimètres iambiques acatalectiques et strophes de quatre vers, où la rime revient presque continuellement, ainsi que du Pange lingaa gloriosi, en tétramètres trochaïques catalectiques et strophes de trois vers. Il est possible que parmi les sept hymnes considérées comme douteuses par les éditeurs modernes, deux ou trois doivent aussi lui être attribuées ^

C'est d'après les onze livres des Curmina ' ou Miscel-

t. Le livre I = Vita Martini, jusqu'à xvm, 3 ; II = F. M., jusqu'à la Qq de l'opuscule ; 111 = Dialogues ii, i jusqu'à i3 ; IV ^ Dial. m, i jusqu'à 17.

a. Dreves (dans V.M., 3, 3 [1908]) lui impute les hymnes i, vu, vni de l'Appendix spuriorum des M. G. H.

3. Voir la préface adressée à Grégoire : il s'y étonne modestement que son ami attache tant de prix à ces nugae, et rappelle qu'il les a écrites au hasard de ses randonnées à travers les pays d'Occident (... paene aut equitando aut dortnitando conscripserim). Les livres 1-VIlI comprennent les poèmes composés jusqu'en 676; le livre IX, les produclioiis de 577-084 ;

ianea, coupés de quelques proses, que l'on peut se représenter le mieux son activité littéraire. Dés lettres, des élégies, des « consolations », des épithalames, des panégyriques de rois, d'évêques, de grands personnages, d'églises, de villas, etc., des u toasts », des inscriptions funéraires (destinées à être lues plutôt qu'à être gravées), le tout en vers élégiaques le plus souvent : voilà à peu près de quoi est fait ce recueil que le poète prit soin de constituer sur la prière de Grégoire de Tours *. Sa condition sociale, très différente de celle d'un Sidoine, d'un Ennodius, d'un Avitus, et la longue incertitude de ses moyens d'existence l'avaient obligé à beaucoup louer. 11 se fit de la louange une spécialité. Là où nous pouvons contrôler celles qu'il décerne à ses protecteurs, nous voyons de quelle qualité était cette eau bénite de €Our. Il vante le goût de Chilpéric pour les lettres ; or Grégoire de Tours raconte que, quand le roi se mêlait de faire des vers, il confondait les brèves et les longues et ne se conformait à aucun système connu de métrique \ J.-J. Ampère' parle assez joliment, quoique sans bienveillance aucune, de cette « existence littéraire de Fortunat, la dernière de son genre, humble, traversée, soumise, toujours courbée devant les conquérants, mais avec une sorte de vanité puérile et de satisfaction misérable ». On voit, ajoute-t-il, « cette muse décrépite etminaudière, souriant avec une

le livre X (noter au début l'explication du Pater), celles de 585 ; le livre XI «t l'appendice, n"T-xxxi, qui s'ouvre par une Expositio Symboli, en prose tirée de Rufin, groupent les pièces adressées à Radegonde et à Agnès : peut-être ces deux derniers livres n'ont-ils pas été publiés par Fortunat lui-mêtue.

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