‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 424 sur 460 · I. Martyrologe d'Adon (P.L.. GXXIII · texte numérisé non relu

I. Martyrologe d'Adon (P.L.. GXXIII

a. In libr. Aristot. de Interpr., Il, ii, 3 (passage capital); cf. In Categ. <P.L., LXIV, soi).

manuels dans son Institutio Arithmetica, où il paraphrasa V Introduction à l' Arithmétique du pythagoricien Nicomachos de Jérasa, dans son Institutio musica, qui €st de même origine, dans sa Geometria, rédigée d'après Euclide.

Mais le meilleur de sa gloire il le dut à cette Consolation Philosophique, qui, écrivait au début du XVIIP siècle l'abbé Gervaise, « a fait depuis douze siècles les délices de tous les gens d'esprit, et a été traduite en autant de langues différentes qu'il y a de nations dans l'Europe ». Entremêlé de prose et de poésie', l'ouvrage se divise en cinq livres, dont voici l'essentiel.

Il s'ouvre par quelques vers mélancoliques que Boèce écrit dans sa prison « sous la dictée des Muses éplorées ». Soudain il lui semble voir à ses côtés « une femme au visage imposant, aux regards pleins d'éclat et d'une puissance de pénétration extraordinaire, au teint coloré, enfin douée d'une vigueur toute juvénile, bien qu'elle fût si remplie d'années qu'elle avait tout l'air d'appartenir à un autre âge » . En quelques paroles courroucées, cette apparition chasse le groupe des Muses, puis, se penchant sur Boèce, elle essuie ses yeux ennuagés de larmes. Boèce reconnaît alors la compagne de sa jeunesse, la maîtresse de sa vie, la Philosophie.

Elle est venue auprès de lui pour le consoler. Elle lui rappelle de quelles injustices des penseurs comme Socrate, Anaxagore, Zenon, Sénèque et d'autres ont été avant lui les victimes, et elle l'invite à mettre à nu sa blessure, afin qu'elle puisse la panser. Boèce lui raconte les intrigues sous lesquelles il a succombé.

1. On rencontre le même procédé dans l'Encyclopédie de Martianus Capella, au V siècle, dans le remaniement du roman grec d'Alexandre, par Julius Valerius, au début du IV*, dans le Satiricon de Pétrone, au l" s. Il a ses origines lointaines dans la Satire Ménippée.

Ce qu'on a visé en lui, c'est l'administrateur intègre dont la probité lassait tant de convoitises scélérates ; c'est aussi le défenseur du Sénat, qui lui a si mal payé sa dette de gratitude. Dans son malheur personnel, Boèce aperçoit, et c'est cela même qui le déconcerte le plus, le triomphe de l'injustice, un grave échec infligé aux règles éternelles de la morale.

A ce cri de détresse la Philosophie répond avec une calme fermeté. Elle entreprend de lui révéler les vérités fondamentales où son âme ulcérée pourra trouver la guérison.

<t C'est parce que tu ignores quelle est la fin dernière des choses que tu crois à la puissance et au bonheur des méchants et des criminels. C'est parce que tu as oublié par quelles lois le monde est régi que tu t'imagines que toutes ces vicissitudes de la destinée flottent sans direction '... »

Elle lui verse tout d'abord un premier a calmant » (1. II). Il s'afflige des caprices de la Fortune : mais n'est-ce pas l'habitude de cette magicienne d'abandonner inexplicablement ceux auxquels elle prodiguait ses faveurs? N'est-ce rien que d'avoir été comblé de biens par elle? Et dans son épreuve, Boèce n'en garde-t-il pas quelques-uns encore ^ ? Au surplus ces biens eux-mêmes, à les évaluer à leur juste prix, valent-ils l'attachement que le commun des hommes a pour eux ? La Fortune sert mieux les mortels quand elle leur est contraire que quand elle leur est propice, puisqu'elle se décèle alors à eux dans sa vérité et les

Page 1