‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 425 sur 460 · I. P.L., LXIII · texte numérisé non relu

I. P.L., LXIII

a. « Sed hoc est quod recolentem uehementius coquit. Nam in omni aduersitate fortunae infelicissimum genus est infortunii, fuisse felicem », lui répond Boèce. Dante, qui était familier avec la Consolatio, a pu se souvenir de ce passage dans les vers bien connus : « Nessun maggior dolore, | Che ricordarsi del tempo felice | Nella miseria » {Inferno, V, I ig et B.).

affranchit de la superstition dont on l'honore indûment.

Boèce s'avoue un peu adouci et apaise déjà (livre III). Mais la Philosophie lui réserve une thérapeutique morale encore plus efficace. Elle revient sur la qualité des biens que poursuit l'humanité. Richesses, honneurs, puissance, gloire, volupté, n'ont en somme d'autre prix que celui que l'instable opinion y attache. « Non seulement ils ne peuvent pas procurer par euxmêmes le bonheur, mais ils ne peuvent même pas être considérés comme la route qui y conduit. » En réalité, c'est Dieu qui est le bien unique, le souverain bien. C'est par lui seul que l'homme peut être heureux. C'est en lui que se recomposent les éléments dispersés du bonheur, sur lesquels l'homme porte presque au hasard une main avide, sans savoir qu'ils ne valent que rapprochés dans l'unité divine.

Boèce, quoique à demi conquis par cette dialectique persuasive, garde une douloureuse objection (livre IV). Comment, « sous le gouvernement du Maître plein de bonté qui régit le monde, le mal passe-t-il impuni ou peut-il seulement exister ? » — La Philosophie se dispose à l'initier, pour résoudre cette difficulté, à des problèmes plus élevés encore :

« J'attacherai à ton âme des ailes qui lui permettront de monter jusqu'aux régions supérieures, afin que, délivrée désormais de tout troui)le, tu puisses sous ma conduite, en suivant mes voies et en te laissant porter par moi, rentrer sain et sauf dans ta patrie '. »

Elle aborde donc la question mystérieuse de la nature du bien et du mal. Le bien est le contraire du mal : s'il est prouvé que le premier a la puissance,

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