CASSIODORE
le droit qu'Augustin s'était naguère arrogé de fournir des solutions uniquement philosophiques, mais pleinement conciliables avec le- dogme, aux problèmes qui dominent la vie et qui lui donnent sens et fin. Le moyen-âge ne s'est nullement choqué de cette méthode. La Consolaiio Philosophiae fut un des livres dont il se nourrit *. Nous en possédons environ 4oo manuscrits *, et nous en connaissons plus de vingt commentaires : ces chiffres sont significatifs, et on y peut mesurer l'action de cette œuvre maîtresse sur la pensée occidentale ^
La famille de Flavius Magnus Aurelius Cassiodorus était de celles qui, au déclin de la puissance romaine, jugèrent sage et politique de se mettre an service des rois barbares. Son père était préfet du prétoire à la
1. Pour l'art religieux ea particulier, voy. E. Môle, L'Art religieux au Xlir s., 3* éd., Paris 1910, p. ii4 et s. ; Bréhier, L'Art chrétien, P. 1918, p. a84.
2. Quelques vues sur les manuscrits de Boèce dans S.B.W., t. i4i, p. 1-8 : Engelbrecht y préconise, pour la Consolatio, une critique nettement conservatrice. Observations sur le style do Boèce, ibid., p. i5-a6, sa syntaxe (p. i6-36), son lexique (p. 36-5i), sa métrique (p. 53-58). F. di Gapua a montré, dans le Didaskaleion, III (1914), p. a69-3o3, que Boèce observe les règles des clausules avec infiniment de naturel et de goût.
3. La question des sources de la Consolatio mériterait d'être approfondie. Selon UsENER (Rh.M., XXVIII, 898), Boèce aurait emprunté au Protrepticus d'Aristote, soit directement, soit par un intermédiaire, la plus grande partie des livres II et III et le début du livre IV. Le reste de l'œuvre serait fait pour les deux tiers de réminiscences d'Aristote et du néo-platonisme. Les observations de E. Kennabd Rand (Harvard Sludies in Classical Philology, XV [igoi], p. i-a8) tendent à rsconnaître chez Boèce beaucoup plus d'indépendance que ne lui en suppose Usemer. G. A. MiJL- LER, die Trotsckrift des Boethius, diss., Berlin 1912, insiste sur les rapports de Boèce avec Platon, Aristote et VJIortensius de Gicéron (quelques rapprochements significatifs avec ce dernier ouvrage, p. Ao et 5i).
cour de Théodoric. Né à Scylacium (=: Squillace)V sur la côte sud-est de l'Italie, Cassiodore lui-même fut questeur (vers 507-61 1),' consul (en bl^), gouverneur de la Lucanie, magister ofjiciorum et préfet du prétoire (de 533 à 536). Son cursus honorum se poursuivit ainsi sans interruption pendant quarante ans, sous quatre rois successifs, auxquels ses aptitudes administratives et ses dons de lettré le rendirent indispensable. Vers 5/io, il renonça aux honneurs mondains et se retira au monastère de Vivarium % qu'il fonda dans ses domaines du Bruttium. Outre le désir de faire plus sûrement son salut, une autre préoccupation l'avait déterminé à cette retraite. Il souffrait de la pénurie d'exégètes sérieux de l'Écriture sainte ^ Déjà, peu d'années auparavant, il avait songé, d'accord avec le pape Agapet, à créer à Rome une école biblique*, analogue à celle qui avait fait la gloire d'Alexandrie au temps des Clément et des Origène, ou à celle qui florissait encore à Nisibis, en Mésopotamie. La mort d'Agapet, après une année seulement de pontificat, des circonstances politiques peu favorables, firent échouer ce projet, qu'il reprit sous une forme plus modeste à Vivarium. C'est là qu'il composa ses ouvrages de théologie. Il y mourut peu après 675, presque centenaire. Au cours même de sa vie séculière, Cassiodore avait rédigé des œuvres historiques : une Chronique Universelle {Chronica) depuis Adam jusqu'à l'année 619, composée à la prière d'Eutharic, consul de cette même année, d'après Tite-Live, Aufidius Bassus, la