‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 431 sur 460 · Cf. Cassiod. Inst., I, vin · texte numérisé non relu

Cf. Cassiod. Inst., I, vin

Le « Père de notre histoire », comme l'appelait au XVP siècle Claude Fauchet, naquit un 3o novembre, probablement en 538, à Arverna (= Clermont-Ferrand). Il était de famille sénatoriale, du côté de son Père Florentius et de sa mère Armentaria, et « allié à tout ce qu'il y avait de plus illustre par la naissance comme par la piété' ». Il s'appelait Georgius Florentius, mais il prit le nom de Grégoire en souvenir de son arrière-grand-père maternel saint Grégoire, évêque de Langres, de 606/7 à 539/54o. Après une pieuse et studieuse jeunesse, dirigée par sa mère, par son oncle paternel Galîus, évêque de Clermont, puis par Avitus, qui devait succéder à Gallus sur le même siège épiscopal, il s'achemina vers Tours en 563 dans l'espérance d'y retrouver la santé auprès du tombeau de saint Martin, et il ne fut pas déçu. Il venait d'être ordonné diacre. Dix ans plus tard, en b'j3, à 35 ans, il était élu évêque de Tours, centre religieux de la Gaule. Il se donna à sa charge avec une complète abnégation à travers des difficultés sans nombre, pendant ses vingt années d'épiscopat : « Nous possédons en lui, a écrit Gabriel Monod, un type admirable d'évêque du VP siècle. Le rôle qu'il a joué dans les événements de son temps, ainsi que le respect dont il était entouré par tous ses contemporains, sa remarquable activité intellectuelle unie à son incessante activité pratique, décèlent en lui, quoi qu'il prétende

I. Tableau généalogique dressé par G. Monod, Et. crit. sur les sources de l'Hist. mérov., dans le Becaeil de travaux originaux ou traduits relatifs aux sciences historiques, fasc. a (1872), p. 27.

dans son humilité, une intelligence supérieure pour l'époque où il vivait. Mais c'est par le caractère surtout qu'il commande notre respect... Evêque dévoué aux intérêts de son diocèse et à ceux de toute l'Eglise catholique, il puise dans sa foi un courage intrépide pour résister aux violences et aux injustices des barbares^ et une noblesse morale, un esprit de charité et de désintéressement qui lui a valu à bon droit le titre de saint... Il est un représentant accompli de l'Eglise, qui seule représentait alors dans le monde l'intelligence et la moralité'. »

Grégoire mourut le 17 novembre SgS ou 5g^.

Son œuvre hagiographique - est pleine de traits curieux. Nulle part les folkloristes ne peuvent faire un plus abondant butin. Le miracle y tient, bien entendu, la place primordiale. C'est que Grégoire visait avant tout à l'édification, et que, pour son public un peu rude, ces coups de force apparaissaient beaucoup plus péremptoires que les arguments de la théologie. Luimême ne pensait pas autrement. Il se fait une conception assez étrange de cette puissance miraculeuse {uirtus), émanation de la Virtus infinie, et il se plaît à en décrire les effets bienfaisants ou terrifiants. Une seule citation suffira :

« Le tombeau (de saint Pierre), placé sous l'autel (de l'église du Vatican) est un ouvrage des plus rares. Celui qui veut y adresser des prières, ouvre la grille qui l'entoure, s'approche du sépulcre, «t, passant la tête par une petite fenêtre qui s'y trouve, il demande ce dont il a besoin ; ses prières sont aussitôt exaucés, pourvu seulement qu'elles soient justes. Désire-t-il rapporter du tombeau quelque relique, il y jette un morceau d'étoffe qu'il a

■I. Ibid., p. lia.

2. Les septem Libri miraculorum comprennent Vin Gloria martyrum (composé vers 690), le de Virtulibus S. Juliani (entre 58 1 et 587), les quatre livres de Virtutibas Martini (MI, composés entre 674 et 58i ; III vers 687 ; IV entre 691 et BgS). Les six premiers livres ont été retouchés après coup par Grégoire.

68o SAINT GRÉGOIRE DE TOURS

d'abord pesé ; ensuite, dans les veilles, le jeûne, il prie avec ardeur que la vertu apostolique daigne exaucer son désir. Chose admirable 1 Si la foi de celui qui agit ainsi est suffisante, l'éloffe, quand on la retire du tombeau, se trouve si remplie de la vertu divine qu'elle pèse beaucoup plus qu'auparavant ^ »

a Cette page, remarque le BoUandiste H. Delehaye,. a une teinte fortement légendaire, et il est difficile de se persuader que la bizarre épreuve de la balance ait jamais été pratiquée. Mais que dire de l'état d'esprit qui n'hésite pas à reproduire de pareilles anecdotes? ^ » Grégoire est un homme du VP siècle, et il ne faut point lui demander une défiance critique qui n'existait plus guère de son temps. Au moins les fleurs de piété de ses Vies de saints ont-elles parfois nne fraîcheur originale et charmante.

Grégoire est, par caractère et disposition intime, le plus loyal des historiens. C'est cette candeur même qui donne tant de prix à son Histoire des Francs, surtout pour les événements dont il a été personnellement le témoin'. Les quatre premiers livres, qui vont jusqu'à la mort de Sigebert (675), forment un ensemble et se terminent par un résumé chronologique. Dans le premier livre, il esquisse une histoire du monde depuis Adam jusqu'à la mort de saint Martin (397) d'après la Bible, saint Jérôme, Orose, les martyrologes, etc. A partir du second livre, il déroule l'histoire des rois Francs, luxurieux, brutaux, bons par caprice ou par influence céleste. Dès le cinquième livre, son ouvrage

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