Op. cit., p
cienne flexion, et la onzième, séduit par une ressemblance quelconque, il s'égarera dans une voie nouvelle. — C'est la syntaxe, avec le vocabulaire, qui s'éloigne le plus du latin classique. Il n' est presque pas une ligne qu'on pourrait faire passer pour écrite à la bonne époque. — Ses tendances et ses procédés de style sont ceux d'un autodidacte qui voudrait faire comme les écrivains du métier, mais qui sent son impuissance à les imiter. Tour à tour il s'y applique et il y renonce. Il en résulte un étrange contraste entre des formes oratoires usées et une fraîche et rude originalité ! »
Au total, il y a lieu de croire que les déclarations de Grégoire de Tours sont sincères. Il a eu le sentiment profond, douloureux, de son insuffisance littéraire, et ce sentiment était fondé : scrupule qui lui fait honneur, puisqu'il prouve que, pour avoir entrevu quelques classiques ou imitateurs des classiques, Grégoire comprenait ses manques et regrettait que sa formation première ne lui permît pas de les réparer. Du reste, les modernes trouvent un charme à cette naïveté, non pas ennemie de la rhétorique, mais incapable d'en soutenir longtemps l'effort, qui l'a généralement défendu contre les délicatesses du bel esprit, dans un temps où l'imitation des anciens se muait si vite en perversion du goût. Que nous eût-il donné, s'il avait su « développer » {dilatare, exiendere) et *( embellir » ses récits {ornare paginam '), au lieu de laisser à de plus habiles cette tâche périlleuse, comme il s'y décide à regret?