LE FRAGMENT DE MURATORI
nius, qui le savait fort cultivé, à se justifier devant le Sénat (Eusèbe ne dit pas qu'Apollonius fût lui-même sénateur) ; qu'il fit devant tous <( une très éloquente apologie de la foi pour laquelle il rendait témoignage », et qu'après cela il eut la tête tranchée. Les paroles d'Apollonius avaient été insérées par Eusèbe dans sa Relalion d'anciens martyrs, qui est malheureusement perdue. Les Actes d'Apollonius, tels que nous les possédons en grec et en arménien, ne donnent pas d' « apologie » à proprement parler, mais seulement des réponses d'Apollonius au juge. La question reste assez obscure. Jérôme lui-même, qui ne sait rien de plus qu'Eusèbe, ne devait pas être sûr que cette prétendue apologie eût été composée en latin, et c'est de cette incertitude que procèdent sans doute ses oscillations.
Tout cela est donc chétif, incertain, et il nous faut passer sur un terrain plus solide.
Nous ne citerons que pour mémoire le catalogue raisonné des écrits du Nouveau Testament, connu sous le nom de Fragment de Muraiori. Cet index de quatrevingt-cinq lignes, mutilé au début, peut-être aussi à la fin, fut découvert par Lodovico Antonio Muratori, l'érudit bibliothécaire de Milan, dans un manuscrit du VHP siècle à la bibliothèque Ambrosienne, et publié par lui en 17/io'. Ce manuscrit, qui est le seul où le texte apparaisse, provenait du monastère de Bobbio, en Lombardie. Le fragment intéresse surtout les philologues par son latin incorrect, où plusieurs critiques (lîilgenfeld, Zahn, Chapman) soupçonnent une traduction d'un original grec, et les historiens du