LE FRAGMENT DE MURATORI
<( canon » scripturaire qui y recueillent des indications précieuses. L'auteur anonyme commence par établir ce qu'il sait sur l'origine des Évangiles de Luc et de Jean, puis il souligne l'accord fondamental des Evangiles ; il passe ensuite aux Actes des Apôtres, aux Épîtres de saint Paul, de saint Jude et de saint Jean (auxquels il joint d'une façon assez inattendue le livre de la Sagesse), aux Apocalypses de Jean et de Pierre, au Pasteur d'Hermas dont il recommande la lecture privée et déconseille la lecture publique ou liturgique. Viennent enfin quelques lignes assez obscures ', d'oii se dégage cette idée qu'il faut exclure nettement du canon certains livres hétérodoxes qui aspirent à s'y glisser en fraude et qui passent dans telles sectes pour des œuvres divinement inspirées. On ne peut se tromper de beaucoup en plaçant vers 200 la rédaction du morceau. Th. Zahn ^ pense qu'il dut être rédigé à Rome même ou dans quelque communauté voisine. Mais sa propre démonstration nuit passablement à sa conclusion. Il note lui-même, en effet, que l'expression iirbi (lignes 38 et 74-76) était employée dans tout l'Empire — et non pas seulement dans la capitale — pour désigner Rome ; que le sedenie cathedra urbis Romae ecclesiae Pio episcopo (l. 16-76) est une locution bien circonstanciée, si l'on veut que ce soit un Romain qui parle à des Romains ; enfin que l'auteur ne manifeste aucune piété spéciale pour l'Église romaine ni ne revendique pour elle un privilège exceptionnel en vue de la détermination du canon authentique. On peut joindre ici une remarque développée par Dom Chapman \ L'auteur du Muratorianum déclare (1. 71) :
1. Cf. p. DE Labbiolle, La Crise Monlnniste, p. 388. a. Gesch. d. neiit. Kanons, II, li.