Tertullien, ad Scap., IV
4. Ad Scap., y (OEhler, I, 55o). Cf. ibid, II : « cum tanta hominum multitude, pars paene maior ciaitatis cuiusque, in silentio et modestia agimus, »
LA STRUCTURE INTELLECTUELLE DE TERTULLIEN 8l
livrer à toi ? Combien de biichers, combien de glaives te faudrait il? Qu'en adviendrait-il de Carthage, par toi décimée, quand cliaeun reconnaîtrait là ses proches, ses voisins, peut-être des hommes et des femmes de ton raixg, les premiers citoyens, les parents ou les amis de tes amis? » En somme, vers la fin du II* siècle, l'Église de Carthage était pourvue de tous les organes qui assuraient sa vitalité ; elle comptait un nombre considérable de fidèles, et les discussions morales et dogmatiques y éveillaient un intérêt où se décelait l'ardeur de sa foi. Tel était le milieu oii naquit le père de la littérature latine chrétienne, Quintus Septimius Florens TertuUianus '.
Tertullicn est devenu pour l'antiquité chrétienne un exemple fameux des chutes lamentables auxquelles de rares intelligences sont exposées. Si un pareil homme avait donné dans les chimères du montanisme, qui pouvait oser se sentir sûr de soi ? On eut à son égard des mots de pitié grave, non exempte d'amertume. Et l'on profita de sa mauvaise réputation pour le copier abondamment — sans le nommer 1
Cependant, à travers les blâmes et les mines scan-
I. Les éléments de ce nom sont attestés par des témoignages d'inégale valeur. TerluUien se nomme lui-même TertuUianus {de Hapt., XX ; de Exhort. cast., XIII : ce dernier passage, d'ailleurs très altéré, ne ligure pas dans le meilleur manuscrit, l'Aijobardinus) et Septimius TertuUianus (de Virg. uel., XVII). Lactance l'appelle également Septimius TertuUianus {Inst. Dia., V, i, 20). Quintus et Florens ne sont fournis que par une tradition ultérieure, recueillie au XV' siècle par les humanistes J. Trithemius (= Jean de Trittenheim) et Politianus (== Angclo Poliziano).
dalisées, l'admiration perce. Et c'est surtout à Idi science de Tertullien quelle s'adresse. Son style est parfois jugé obscur et insuffisamment poli. Mais quelle érudition prodigieuse ! Saint Jérôme, dont nul ne récusera la compétence, s'écrie dans une de ses lettres : « Quid TeriuUiano eruditius, quid acutius ? Apologeticus eius et contra Gentes libri cunctam saeculi continent disciplinamK » Vincent de Lérins renchérit encore dans son fameux Commonitorium ^ sur ces paroles flatteuses. Pour lui, Tertullien fut chez les Latins ce qu'Origène fut chez les Grecs : « Qui fut plus savant que cet homme ? Qui eut sa compétence dans les choses divines et humaines? De fait, toute la philosophie, toutes les sectes philosophiques, leurs fondateurs, leurs partisans, les systèmes défendus par ceux-ci, l'histoire et la science sous leurs formes multiples, voilà ce qu'embrassa la merveilleuse ampleur de son intelligence... » L'éloge se développe en larges nappes, pour aboutir, il est vrai, au regret qu'un homme si éminent ait si mal fini et ait pu être dans l'Église « une grande tentation )).
La science de Tertullien est, en effet, remarquable. Elle le paraîtra davantage encore, si on la compare à celle des plus doctes de son temps, du côté païen. Devenus aujourd'hui plus scrupuleux et plus difficiles, nous sommes souvent tentés de la trouver superficielle, précaire et de seconde main. Mais nous aurions tort d'en méconnaître les parties solides, et surtout l'ampleur. Tertullien écrivait indifféremment en latin et en grec : plusieurs de ses traités ont été composés dans ces deux langues. Il était initié à la plupart des